Le sculpteur n'ajoute pas d'argile, il enlève l'excédent pour révéler la figure. De même, les auteurs de cette nouvelle étude sur la résonance magnétique n'ont pas cherché à complexifier le modèle du tissu en y ajoutant toujours plus de détails. Au lieu de cela, ils ont éliminé le superflu pour faire apparaître l'essentiel.
Plutôt que de décrire chaque aimant individuellement, les auteurs proposent de travailler avec le signal moyen de tout le cube. Ils introduisent un champ non linéaire général qui régit le retour de l'aimantation à l'équilibre thermique, et lui imposent quatre conditions : la cohérence avec les rotations autour de l'axe longitudinal, l'unicité et la stabilité du point d'équilibre, ainsi qu'une dissipation stricte, c'est-à-dire la décroissance monotone de la mesure de l'écart à l'équilibre. Ces exigences sont physiquement naturelles, mais elles se sont avérées suffisantes pour décrire complètement tous les champs de relaxation admissibles. Auparavant, on ne savait pas comment généraliser l'équation de Bloch aux tissus hétérogènes sans rendre le modèle ingérable. Désormais, on obtient une classe complète de champs non linéaires admissibles qui préservent les propriétés physiques clés du modèle classique. L'utilité pratique reste pour l'instant théorique : c'est une base pour construire de nouveaux modèles du signal IRM qui pourraient améliorer les mesures quantitatives dans les tissus. Comme le sculpteur qui enlève l'excédent pour que la figure apparaisse, ici la restriction de la classe des dynamiques admissibles par des principes physiques réduit l'espace de recherche et oriente les futures expériences.
L'équation de Bloch classique a été proposée par Felix Bloch en 1946 comme description phénoménologique, sans dérivation à partir de la physique microscopique. La nouvelle théorie suit le même esprit : elle postule des principes physiques et dérive les formes admissibles de la dynamique, plutôt que d'essayer de modéliser chaque spin.