Régler un récepteur radio sur une station qui change de fréquence lorsqu'on franchit une frontière de phase, voilà une image pour décrire ce travail. Dans le métal YbRh2Si2, les électrons se comportent comme des particules « lourdes » : leur masse est des centaines de fois supérieure à celle des électrons ordinaires. À très basse température, en dessous de 70 millikelvins (soit seulement 0,07 degré au-dessus du zéro absolu), un ordre magnétique apparaît dans ce matériau. On peut le détruire avec un champ magnétique faible, environ cent fois plus faible que celui d'un aimant de réfrigérateur. Près de ce point, où l'ordre disparaît, les propriétés du métal changent brusquement, mais jusqu'ici les scientifiques ne pouvaient pas y regarder de près.
Pour capter le signal, les chercheurs ont créé des résonateurs supraconducteurs en forme de ruban sinueux, de quelques millimètres à peine. Ils fonctionnent à une fréquence de 1,5 gigahertz, ce qui correspond à une longueur d'onde d'environ 20 centimètres, soit à peu près la taille d'une main. Ces résonateurs peuvent être refroidis à 40 millikelvins et placés dans de forts champs magnétiques, comme un récepteur radio qui s'accorde sur différentes stations. Les mesures ont montré qu'en s'approchant du point critique quantique, le facteur g diminue continûment et tend vers 2, comme pour les électrons libres. Cela signifie que les électrons « lourds » disparaissent et que la matière passe dans un nouvel état. Ainsi, le récepteur radio, réglé sur la station des « fermions lourds », se met à capter la station des électrons libres lorsqu'on franchit la frontière de phase.
La fréquence de résonance de 1,5 GHz correspond à une longueur d'onde d'environ 20 cm, comparable à la taille d'une paume de main. Pourtant, le résonateur tient sur une puce de quelques millimètres grâce à la géométrie en méandre.
L'idée d'un point critique quantique comme un état particulier de la matière où les quasi-particules habituelles disparaissent fait écho au concept de « transition de phase » dans le roman d'Isaac Asimov « Les Dieux eux-mêmes », où la matière passe à un nouvel état dans des conditions extrêmes.