Dans un aimant ordinaire, tous les spins des électrons (les petites « flèches » magnétiques internes, découvertes par Wolfgang Pauli) pointent dans la même direction. Les altermagnets, comme le MnTe, sont plus complexes : l'orientation de ces flèches alterne, telle une ondulation à la surface de l'eau après qu'on y a jeté une pierre. Mais cette ondulation n'est pas banale — elle est provoquée par le mouvement même des électrons.
Les électrons dans un cristal se déplacent à des vitesses élevées. Selon la théorie de la relativité, cela les amène à « ressentir » un champ magnétique qui fait pivoter le spin de côté — c'est ainsi que l'équation de Paul Dirac a expliqué le couplage spin-orbite, et les transformations de Hendrik Lorentz sont à la base de cet effet relativiste. Grâce à la spectroscopie (une méthode qui « photographie » les spins), des scientifiques ont pour la première fois observé comment, dans le MnTe, la direction de cette ondulation change par vagues.
L'électronique classique manipule la charge, tandis que la spintronique manipule les spins. Les altermagnets promettent des dispositifs sans champs magnétiques parasites, fonctionnant à température ambiante. Ce qui est remarquable, c'est que cette ondulation n'a pu être observée que parce que le mouvement des électrons dans le cristal obéit non pas à la mécanique habituelle, mais aux lois des vitesses proches de celle de la lumière.
Le couplage spin-orbite est un cousin de la force qui maintient un gyroscope. Mais dans le monde microscopique, ce n'est pas la mécanique qui le régit, mais la vitesse de la lumière.
Dans la science-fiction, les « réseaux de spins » promettaient des merveilles computationnelles. Les altermagnets concrétisent cette idée.