Les neutrinos sont des particules fantômes : prédits par le modèle standard, ils n'interagissent presque pas avec la matière. Les attraper, c'est comme essayer d'entendre un chuchotement dans le vacarme d'une cascade. Les détecteurs ARA et RNO-G, pris dans la glace de l'Antarctique et du Groenland, sont comme des oreilles qui captent les sursauts radio qui se propagent à la vitesse de la lumière dans la glace lorsqu'une particule la traverse. Transparente aux ondes radio comme le verre l'est à la lumière, la glace permet d'entendre un signal à des kilomètres. Mais le vacarme n'est pas causé uniquement par les neutrinos : les rayons cosmiques bombardent constamment la Terre et produisent des sursauts similaires. Pour se démarquer de ce bruit, les physiciens ont utilisé la simulation FAERIE. Celle-ci a reconstitué le trajet de la particule, de l'atmosphère jusqu'au glacier, et décrit sa « signature » : direction des ondes radio, temps d'arrivée et intensité. Le modèle a tourné pendant des semaines sur des supercalculateurs, alors que le sursaut lui-même ne dure que des milliardièmes de seconde. Ces données apprennent aux détecteurs à ne pas confondre les neutrinos avec les rayons cosmiques. Ainsi, l'oreille radio de la planète pourra capter les voix lointaines des trous noirs et des explosions stellaires, encodées dans la spectroscopie des gerbes de glace.
La glace antarctique, entre 1 et 2 km de profondeur, est plus transparente aux ondes radio que l'air : un signal peut parcourir une dizaine de kilomètres sans presque s'affaiblir.