La frontière entre deux liquides est comme une peau invisible : elle existe, mais on ne peut pas la toucher du doigt. Des scientifiques ont trouvé un moyen de mesurer son élasticité sans la toucher. Ils ont fait osciller une minuscule sonde au-dessus de la surface, et entre la sonde et la frontière se trouvait un mince film de liquide. Ce film agit à la fois comme un ressort et un amortisseur : il résiste à la compression et amortit les oscillations.
D'abord, la méthode a été testée sur l'interface entre un liquide et un solide. Là, tout concordait avec la théorie : l'épaisseur mesurée du film et sa résistance aux oscillations correspondaient exactement aux calculs pour les matériaux élastiques. Ensuite, ils sont passés à l'interface entre deux liquides. Il s'est avéré qu'elle se comporte comme un sirop très visqueux : elle ne rebondit presque pas, mais freine fortement le mouvement. L'épaisseur de cette couche est de quelques micromètres, comme l'épaisseur d'un cheveu humain.
Une telle méthode sans contact pourrait être utile pour étudier les cellules vivantes : leurs membranes sont aussi des frontières entre liquides. On pourrait mesurer comment elles se déforment sans endommager la cellule. Ou encore vérifier la résistance des films de nanoparticules utilisés dans les nouveaux matériaux.
La méthode rappelle le fait de tapoter un mur pour trouver un vide, mais au lieu du son, ce sont les oscillations de la sonde. Désormais, les frontières invisibles des liquides peuvent non seulement être vues, mais aussi ressenties.
L'épaisseur de la couche de liquide entre la sonde et la frontière n'est que de quelques micromètres, soit des dizaines de fois plus fine qu'un cheveu humain.