Pendant un orage, le ciel fonctionne comme une pile géante : la charge électrique s'accumule dans le nuage, et l'éclair la décharge. Cette charge est invisible, mais les particules cosmiques — les muons, qui pleuvent constamment sur la Terre depuis l'espace — la ressentent. En traversant un nuage chargé, un muon est légèrement accéléré ou freiné, et ces variations permettent de déduire la tension dans le nuage.
Le télescope GRAPES-3, en Inde, a enregistré le flux de muons pendant les orages durant dix ans. Résultat : du côté est du ciel, il arrive près de six fois plus de muons que du côté ouest. La raison n'est pas dans les nuages eux-mêmes, mais dans le fait que les muons existent en deux variétés — positifs et négatifs — et qu'il y a plus de positifs dans le flux. Le champ magnétique terrestre dévie davantage les particules positives, donc il en arrive plus de l'est, et elles « sentent » mieux le sommet chargé du nuage d'orage.
Les scientifiques ont vérifié ce scénario par modélisation informatique. Si on supprime la différence entre muons positifs et négatifs, l'asymétrie est-ouest disparaît. C'est donc bien le déséquilibre des charges qui rend les orages de l'est plus « visibles » pour le télescope. C'est la première fois qu'on parvient à relier directement la charge des muons à la direction de l'orage.
Désormais, les télescopes à muons peuvent être utilisés comme des capteurs sensibles des champs électriques dans l'atmosphère. Un orage invisible à l'œil se trahit quand même par son flux de particules.
tel que rédigé par les auteurs, en anglais arXiv:2603.26112
The electric fields inside thunderstorms can significantly modify the intensity of secondary cosmic ray muons at the ground level, producing measurable variations in their intensity ($$\Delta$$I$$_{\mu}$$). By utilizing the decade-long observations of thunderstorms (April 2011-December 2020) by the GRAPES-3 muon telescope (G3MT), a directional asymmetry in $$\Delta$$I$$_{\mu}$$ is observed, with nearly six times more events being detected from the east than the west directions. Using detailed CORSIKA Monte Carlo simulations, it is shown that this asymmetry is caused by the variations of the muon charge ratio R$$_\mu$$ (N$$_{\mu^+}$$/N$$_{\mu^-}$$). The anisotropic R$$_\mu$$ in turn, is caused by the systematic changes in geomagnetic cutoff rigidities, and subsequent selective filtering of predominantly positively charged primary cosmic rays. As a consequence, the R$$_\mu$$ increases systematically from west to east across the G3MT field of view, enhancing the sensitivity of east directions to positively charged thunderstorm top. Monte Carlo simulations with constant R$$_\mu$$ show that the directional asymmetry disappears, demonstrating the muon charge imbalance to be the dominant driver of the observed asymmetry. The dependence of R$$_\mu$$ on the hadronic interaction is also studied by comparing seven combinations high-, and low-energy hadronic interaction generators, which show a $$\lesssim$$7% spread in R$$_\mu$$, and $$\lesssim$$14% variation in the derived thunderstorm potentials. These results provide the first quantitative link between the muon charge asymmetry caused by the geomagnetic field, and the directional distribution of thunderstorms, reinforcing the role of muon observations as a probe of gigavolt potentials in atmospheric electrical structures.
Les muons naissent dans les couches supérieures de l'atmosphère lorsque les rayons cosmiques percutent les noyaux de l'air. En une seconde, environ un muon traverse la paume d'une main humaine.
Dans le roman de Stanislas Lem « Solaris », l'océan de la planète manipule la gravité pour influencer l'orbite de la station. Ici, l'orage manipule le flux de particules — un motif similaire d'influence invisible.