L'eau d'une rivière contourne les pierres, l'air épouse l'aile d'un avion : ces mouvements sont décrits par des équations difficiles à résoudre même sur un ordinateur puissant. Les réseaux de neurones savent approximer ces solutions, mais ils se trompent souvent lorsque les données ne sont collectées qu'en quelques points ou sont bruitées. La raison ? Le réseau saisit mal l'équilibre local des forces : ici le courant accélère, là il ralentit, et il faut tout capturer simultanément.
Les auteurs de ces travaux proposent d'ajouter au modèle un paramètre entraînable qu'ils appellent « modulation de viscosité ». La viscosité mesure le frottement interne d'un fluide : le miel s'écoule plus lentement que l'eau parce que sa viscosité est plus élevée. Dans les équations du mouvement, la viscosité est un facteur multiplicatif du terme de diffusion (la propagation de la quantité de mouvement). Le réseau de neurones peut désormais faire varier ce facteur en chaque point de l'espace et du temps, adaptant la force de frottement aux particularités de l'écoulement. C'est comme si la rivière présentait des zones où l'eau est plus ou moins épaisse, et que le réseau apprenait à les ajuster.
Les expériences sur des problèmes bidimensionnels (par exemple l'écoulement de Kovasznay) montrent que cette approche stabilise l'apprentissage et améliore la précision de la reconstruction de l'écoulement à partir de données éparses et bruitées. La comparaison avec d'autres architectures (GRU, attention) confirme l'avantage de la méthode. C'est un pas vers des réseaux de neurones capables de prédire de manière fiable le comportement des liquides et des gaz en ingénierie et en science.
L'eau de la rivière évoquée au début peut désormais être modélisée plus précisément, même à partir d'observations fragmentaires, grâce à une viscosité qui s'adapte d'elle-même à l'écoulement.
La viscosité de l'air est si faible que sans la turbulence, les avions ne décolleraient pas : la portance dépend de la fine couche d'air au voisinage de l'aile, où le frottement joue un rôle clé.