Lorsqu'une exoplanète passe devant son étoile, la lumière stellaire traverse son atmosphère et en absorbe la saveur chimique. Cette technique, la méthode du transit, est au cœur du travail du télescope James Webb. Il goûte cette lumière de trois manières différentes : chacune ne révèle que certaines notes, et ce n'est qu'en les assemblant que l'on obtient la recette complète de l'atmosphère — c'est la spectroscopie en action.
C'est ainsi que les astronomes ont étudié l'exoplanète HAT-P-12b, un monde chaud un peu plus grand que Saturne. Dans son air, on a trouvé de l'eau (H₂O), du dioxyde de carbone (CO₂), du monoxyde de carbone et du sulfure d'hydrogène — celui-là même qui sent l'œuf pourri. Le plus surprenant : pris séparément, les instruments « salaient » trop certains ingrédients et ignoraient les autres. Le sulfure d'hydrogène n'est apparu qu'une fois les données combinées. De plus, on a découvert que ses nuages ne sont pas un voile gris, mais une brume semi-transparente.
Cette approche — observer la planète avec tous ses « yeux » à la fois — transforme chaque monde en une histoire unique. Et HAT-P-12b raconte que même dans de tels mondes, une chimie complexe, parfois inattendue, est à l'œuvre.
Une odeur d'œuf pourri à 475 années-lumière : le sulfure d'hydrogène dans l'atmosphère de HAT-P-12b est la première trace fiable de ce gaz au-delà du Système solaire. Sur Terre, il est associé aux volcans et aux bactéries, mais ici, il résulte probablement de la chimie d'un monde sans vie, mais bouillonnant.