On étire un matelas gonflable sur lequel tourbillonne un entonnoir d'eau. Lorsqu'on l'étire, l'entonnoir se resserre : sa taille relative à la surface totale diminue. C'est exactement ce qui se passe pour un trou noir en rotation dans un univers en expansion : son horizon des événements (la frontière de chute irréversible) et son ergosphère (la région d'espace enroulée) se contractent peu à peu, alors que sa masse reste inchangée.
Pour la première fois, des physiciens ont uni mathématiquement la description d'un trou noir en rotation au modèle d'un cosmos en expansion élaboré par Friedmann et Georges Lemaître. Jusqu'ici, cela n'avait été possible que pour des trous noirs immobiles. Résultat inattendu : l'énergie noire, découverte par Adam Riess, se moque éperdument de la rotation effrénée — elle continue d'étirer la courbure de l'espace-temps sans prêter attention au tourbillon. Comme si l'étirement du matelas ne dépendait pas de l'eau qui tourbillonne dessus.
L'horizon des événements qui se rétrécit agit comme une rustine sur un matelas gonflable : quand le tissu s'étire, la rustine se resserre, mais le fil reste intact.
Les auteurs de science-fiction imaginent les trous noirs comme des portails, mais dans ces travaux, ils ne sont que de dociles objets qui rétrécissent dans un cosmos qui enfle.