Dans la boue trouble, entre deux électrodes, s'alignent de longues chaînes de bactéries, fines comme un câble microscopique. Chaque filament conduit le courant sur un centimètre entier, un véritable marathon pour un microbe. Le secret réside dans des fibres incrustées directement dans l'enveloppe des cellules : l'électricité y circule presque sans perte, comme dans une âme de cuivre.
En plongeant dans la fibre grâce à des calculs quantiques, les chercheurs ont vu qu'elle est constituée de nanorubans, de fines bandes épaisses d'une molécule. Chaque ruban est assemblé, comme une pyramide d'enfants, à partir d'anneaux nickel-organiques identiques (les chimistes les appellent blocs NiBiD). Les anneaux s'empilent de deux manières : soit exactement les uns au-dessus des autres (empilement AA), soit avec un décalage, comme des briques dans un mur (empilement AB). La deuxième option s'est avérée plus solide — des liaisons supplémentaires se verrouillent entre les couches, et les atomes de nickel tiennent avec cinq « pattes » au lieu de quatre.
La grande surprise, c'est la façon dont les électrons se déplacent. Dans les empilements les plus stables, le nuage électronique d'un anneau chevauche si fortement celui du voisin que la charge ne reste pas en place, mais s'étale sur tout le ruban. Ce ne sont pas des sauts de butte en butte, mais un écoulement fluide, presque comme dans un métal. C'est ce mécanisme qui permet à la fibre de laisser passer le courant sans surchauffe et avec un minimum de pertes — une aubaine pour les futurs conducteurs biocompatibles.
tel que rédigé par les auteurs, en anglais arXiv:2606.13117
Cable bacteria are multicellular bacteria capable of centimeter-scale conduction through a regular fiber network embedded in their cell envelope. The conductivity of these fibers is extremely high for biological materials, and rivals that of the best synthetic conductive polymers, but the underlying electron transport mechanism remains elusive. Recent microscopic and spectroscopic evidence indicates that each fiber embeds a bundle of intertwined nanoribbons as the conductive conduit. Each nanoribbon consists of a one-dimensional nickel-organic framework, built from stacked nickel bis(1,2-dithiolene) oligomers (NiBiD units) as molecular building blocks. Here we performed DFT calculations of nanoribbon model structures, in order to characterize their electronic properties, examine potential stacking configurations and verify whether these structures can support efficient conductance. Our simulations indicate that nanoribbons are comprised of tightly stacked AA or AB-type packings of NiBiD units. In the most energetically stable structure (AB-type) some Ni centers are predicted to be 5-fold coordinated due to formation of an inter-layer Ni-S coordination bond. In several energetically low-lying structures, the electronic coupling between neighboring molecules exceeds the critical threshold for charge delocalization permitting efficient charge transport beyond small polaron hopping. Our results hence reveal that nanoribbons based on NiBiD units exhibit favorable charge transfer properties that may explain the unusually high conductivities measured in the fibers of cable bacteria.
Les bactéries câbles sont les seuls organismes multicellulaires connus à transporter des électrons sur des distances centimétriques à travers leur propre corps, et non par des pilis externes.