Après le Big Bang, l'Univers a connu une expansion fulgurante — l'inflation — qui a lissé le Fond diffus cosmologique et semé les germes des galaxies. Mais au niveau quantique, le champ de l'inflaton bouillonnait de fluctuations chaotiques. Qu'une fluctuation franchisse le seuil critique, et voilà qu'un trou noir primordial naissait — un objet dont la gravité courbe l'espace-temps à l'extrême, capable d'éclairer la nature de la matière noire et de devenir une source d'ondes gravitationnelles. Le problème ? Les recettes standard de la théorie des perturbations capitulaient devant la non-linéarité sauvage de l'effondrement. C'est alors que les chercheurs se sont tournés vers le langage des arbres stochastiques.
Imaginez un arbre généalogique où chaque volume de Hubble est une famille. Le temps passe, le volume double, et la famille se scinde en deux lignées filles — c'est ainsi que l'inflation se ramifie. Les nœuds sont les instants de division, les feuilles les fins d'époques. Pour prédire l'effondrement, les scientifiques ont introduit la fonction de compactification — une sorte de « coefficient d'inégalité familiale ». Au nœud $b_L$, elle prend la forme $C_l$ = 2z(w)[1 - log_2($V_{b_R}$/$V_{c_R}$)], où $V_{b_R}$ est le volume de l'« oncle » (voisin droit) et $V_{c_R}$ celui du « neveu » (descendant droit). Si l'écart d'héritage est trop grand, l'espace-temps craque et s'effondre en trou noir.
La chasse à ces événements a exigé une simulation numérique portant sur des dizaines de milliards d'arbres. Et là, la nature double de l'effondrement s'est révélée. Les trous noirs se sont présentés sous deux visages. Le type I — les collapsars classiques : la perturbation plonge sous l'horizon et piège la lumière. Le type II — des créatures exotiques à fonction de rayon non monotone ; leur gorge semble relier une bulle en expansion à l'univers extérieur. Dans la limite classique calme, les trous de type I dominent, et les étranges de type II sont supprimés. Mais dès qu'on active un puissant bruit quantique, le tableau se renverse.
Ce renversement force à repenser la chasse à la matière noire. Dans les phases de roulement ultra-lent, où les secousses quantiques surpassent la dérive classique, ce sont principalement des trous de type II qui naissent — et leurs signatures dans les ondes gravitationnelles pourraient être tout autres. Au lieu du tintement familier des fusions, nous entendrons peut-être le murmure de trous de ver ou l'écho de gorges qui se déchirent. Stephen Hawking et Roger Penrose ont prouvé l'inévitabilité des singularités, mais le second type de trous suggère que l'horizon est plus complexe qu'un simple piège. Les arbres stochastiques donnent la clé de cette symphonie : par la topologie de l'arbre, on peut reconstruire la géométrie de tout l'espace-temps et prédire où et quels trous noirs primordiaux nous rencontrerons dans les futurs relevés. Et tout comme les cernes d'un tronc d'arbre gardent la mémoire des sécheresses et des incendies, la statistique des branchements pourrait cacher les empreintes de transitions de phase quantiques — peut-être même les traces d'autres univers qui ont frôlé le nôtre à ses balbutiements.
Un arbre stochastique est un arbre généalogique des volumes de l'espace, où chaque nœud hérite de l'« état » de la région de Hubble parente. Le branchement se produit lorsque le volume double, et la fonction de compactification devient une mesure de l'« inégalité familiale » entre nœuds apparentés.