Le nucléole, cette gouttelette cellulaire sans paroi, expulse sans relâche de longs filaments d'ARN (une substance faite de carbone, d'hydrogène et d'oxygène, qui flotte dans l'eau), à la manière d'un bol de bouillon où l'on ajouterait sans cesse des nouilles. Les filaments se dispersent, mais au bord, ils s'entassent en un anneau dense. En cause : l'entropie, cette tendance de tout à se mélanger uniformément.
Les chercheurs ont construit une simulation numérique en s'appuyant sur les équations des fluides denses de James Clerk Maxwell. Résultat : la couche comprimée apparaît toujours, quel que soit le contenu. C'est précisément ce que l'on observe dans les expériences — les molécules d'ARN sont tassées à la frontière du nucléole. La nature n'a pas besoin de parois : l'afflux constant de matière compacte lui-même le bord, en accumulant de l'énergie élastique.
L'épaisseur de l'anneau est une biosignature de la santé cellulaire : si la production augmente, la couche s'épaissit ; si elle ralentit, elle s'amincit. Ainsi, une physique simple permet de lire les rythmes profonds de la vie.
Le nucléole est la plus grosse gouttelette-usine du noyau. Sans la moindre paroi, il comprime les molécules d'ARN si fort qu'on dirait qu'un piston fonctionne à l'entropie pure.