Si vous éteignez la cuisinière, l'eau cesse de bouillir presque instantanément. Dans le monde de la catalyse, on s'attendait à un scénario similaire : on arrête la réaction, et toutes les particules intermédiaires disparaissent aussitôt. Mais de récentes observations sur de la poudre de platine ont révélé tout autre chose.
Grâce à la spectroscopie Raman (une méthode qui éclaire les molécules avec un laser et écoute leur « écho »), les chercheurs ont scruté la surface de nanoparticules de platine dans une solution alcaline. Là se déroulait la réaction de réduction de l'oxygène — celle-là même qui alimente les piles à combustible. Ils ont pu distinguer clairement trois « invités » : les groupes OOH, OH et les molécules O2 liés à la surface. La grande surprise : ces invités ne se sont pas pressés de partir. Après l'arrêt de la réaction, ils restaient en place, comme des clients de café qui s'attardent tard dans la nuit, même après que la musique a été éteinte.
Cet effet de mémoire dépend peu de l'état d'oxydation de la surface et du type d'ions en solution (potassium ou lithium). Il semble que le secret réside dans la nature même des nanoparticules : leur surface n'est pas parfaitement lisse, mais irrégulière, avec des bosses et des creux où les molécules peuvent se cacher. Auparavant, de telles subtilités échappaient aux expériences sur des cristaux parfaits. Désormais, il est clair qu'un catalyseur réel se souvient de son travail récent bien plus longtemps que nous le pensions.
La spectroscopie Raman doit son nom au physicien indien Chandrasekhara Venkata Raman, qui a découvert l'effet en observant la couleur de la mer lors d'un voyage en Europe en 1921.
Dans le roman « Seul sur Mars » d'Andy Weir, le système de survie utilise des catalyseurs pour produire de l'oxygène — des recherches comme celle-ci pourraient expliquer pourquoi les dispositifs réels se comportent parfois de manière imprévisible.