Un petit trou noir traverse un nuage d'hydrogène et étire les atomes comme un caramel. C'est ainsi qu'apparaît un supraconducteur lorsqu'un courant persistant y est piégé : la matière dans laquelle l'électricité circule sans perte se transforme en un aimant permanent miniature. Mais comment entendre ce murmure de champ si l'échantillon, de la taille d'un grain de sable, est coincé entre des diamants sous une pression de millions d'atmosphères ? Jusqu'à présent, les scientifiques s'appuyaient sur des installations encombrantes avec des capteurs cryogéniques et des contacts électriques qui détruisaient les cristaux fragiles.
La nouvelle méthode, baptisée DSV (Direct Superconductivity Validation), agit comme une oreille attentive collée à la porte. Un magnétomètre atomique à vapeur de rubidium, fonctionnant à température ambiante, capte le champ magnétique créé par le supercourant induit dans l'échantillon lors du refroidissement dans l'azote liquide. L'échantillon est fixé à l'extrémité d'un bâtonnet de bois, rapidement transféré dans une chambre blindée et laissé se réchauffer. Au moment où la température dépasse la température critique, le supercourant disparaît et le champ chute brusquement : ce saut est la signature de la supraconductivité.
Sur un microcristal de YBCO de moins de 100 micromètres, après refroidissement dans un champ de 3,4 milliteslas, un champ d'environ 290 picoteslas a été enregistré, soit un milliard de fois plus faible que l'aimant d'un réfrigérateur. En augmentant systématiquement le champ magnétisant, le courant résiduel croissait linéairement puis atteignait une saturation, comme attendu pour un supraconducteur de type II. Le ruban commercial de REBCO a donné un résultat encore plus surprenant : même sans aimant externe, uniquement sous l'effet du champ magnétique terrestre, un supercourant s'y est établi, générant un champ de 20 picoteslas.
Pour atteindre les échantillons dans les enclumes de diamant, où la distance au capteur est d'environ deux centimètres, on insère entre eux une tige de ferrite de 15 millimètres de long. Elle collecte le flux magnétique comme un entonnoir et le dirige vers le magnétomètre. Grâce à cela, le signal à une distance de 21 millimètres est restauré à 630 picoteslas, ce qui est suffisant pour distinguer clairement un supraconducteur d'un métal ordinaire.
Ainsi, le petit trou noir qui étire les atomes comme un caramel trouve une voix : le supercourant, induit même par le magnétisme terrestre, peut être entendu à des distances de plusieurs centimètres. La méthode est déjà prête pour le criblage à grande échelle des candidats prédits par l'intelligence artificielle et promet d'accélérer la recherche de la supraconductivité à température ambiante.
Le champ magnétique terrestre a lui-même induit dans le ruban supraconducteur REBCO un courant résiduel qui a créé un champ de 20 picoteslas. C'est un milliard de fois plus faible que le champ d'un aimant de réfrigérateur typique.
Dans le roman d'Arthur C. Clarke « Les Enfants d'Icare » (titre original : Childhood's End), les extraterrestres utilisent la supraconductivité pour la lévitation, et ici, un supercourant induit par le champ magnétique terrestre transforme un minuscule échantillon en un électroaimant permanent que l'on peut détecter à quelques centimètres de distance.