Des astronomes ont découvert une paire rapprochée d'étoiles dont la danse orbitale s'accélère d'année en année. Ce sont des naines blanches — des restes refroidis et hyperdenses d'étoiles, de taille comparable à la Terre, où la matière est comprimée à l'état dégénéré. L'une d'elles, plus massive, attire l'hélium de sa voisine, enroulant la matière volée en un disque d'accrétion lumineux — une sorte d'écharpe stellaire ceignant le prédateur. Au fur et à mesure que la masse est transférée, l'orbite de la paire se resserre, et l'excès d'énergie est emporté sous forme d'ondes gravitationnelles — des ondulations du tissu même de l'espace-temps, semblables aux cercles qui se propagent sur l'eau lorsqu'on y jette une pierre.
Le système présente des mini-éclipses régulières : toutes les 8,6 minutes, une étoile masque l'autre pour un observateur terrestre. Grâce à la photométrie de haute précision — des mesures continues de la luminosité — les scientifiques ont constaté que la période orbitale diminue d'un millionième de seconde par an. Cette infime accélération, accumulée sur une décennie, a été la clé de l'énigme. Parallèlement, l'analyse spectroscopique — la décomposition de la lumière en ses longueurs d'onde constitutives — a confirmé que la matière du disque est bien constituée d'hélium : les raies spectrales de cet élément indiquent sans ambiguïté sa présence. L'énergie emportée par les ondes gravitationnelles est colossale — elle dépasse la luminosité totale de dizaines de soleils, tout en restant invisible pour les télescopes ordinaires.
Dans des millions d'années, lorsque l'orbite se sera finalement effondrée, le duo fusionnera en un objet compact unique. Selon la masse totale, il pourrait s'agir d'une étoile à neutrons — un corps encore plus dense, dont la matière est principalement constituée de neutrons — ou même d'un trou noir, une région de l'espace-temps dont la gravité ne laisse même pas s'échapper la lumière. Le futur détecteur spatial LISA, sensible aux ondes gravitationnelles de basse fréquence, pourra capter les accords finaux de cette danse en seulement quatre ans d'observations, comme l'avait prédit Kip Thorne, l'un des pionniers de l'astronomie par ondes gravitationnelles.
Si un observateur se trouvait à une centaine de kilomètres de ce système, il verrait l'obscurité tomber toutes les 8,5 minutes — une étoile masquant brièvement l'autre.