Un traducteur se laisse distraire par le moindre bruit dans la salle, et une réunion d'une heure se transforme en deux heures. Il en va de même en mécanique quantique : toute mesure interfère avec le système et efface une partie de l'information. Les physiciens soupçonnent depuis longtemps que le rayonnement gravitationnel des trous noirs doit obéir aux mêmes règles, mais le démontrer pour des champs intenses restait hors de portée.
Voici maintenant une expérience de pensée avec deux observateurs, Alice et Bob. Alice crée une superposition de deux corps massifs, comme une pièce lancée en l'air qui serait à la fois pile et face. Une telle superposition produit un champ de marée que Bob tente de mesurer à l'aide d'un trou noir en rotation. Le trou noir, tel un détecteur géant, se met à osciller et à émettre des ondes gravitationnelles.
Il s'est avéré que Bob ne peut pas extraire l'information sur l'état d'Alice plus vite que la lumière. Les fluctuations quantiques des ondes gravitationnelles émises par le trou noir limitent le recouvrement des états cohérents, et la fonction de décohérence tend vers zéro en cas de séparation de genre espace. Autrement dit, la quantification du rayonnement gravitationnel est indispensable à la cohérence entre mécanique quantique et relativité générale, même en présence de champs intenses.
Un traducteur distrait finit par transmettre le sens avec exactitude, mais avec du retard. Il en va de même du trou noir : ses fluctuations quantiques ne permettent pas de contourner la limite de vitesse de la lumière, mais elles laissent une trace sous forme d'ondes gravitationnelles. C'est un premier pas vers la preuve que les effets quantiques doivent aussi se manifester dans des sources astrophysiques, comme les trous noirs en fusion.
L'expérience de pensée met en scène des observateurs nommés Alice et Bob, personnages traditionnels de la cryptographie quantique et de la théorie de l'information.
L'idée d'utiliser des trous noirs comme détecteurs d'états quantiques fait écho au roman de Liu Cixin « Le Problème à trois corps », où les ondes gravitationnelles servent à une communication supraluminique.