L'eau bouillonne derrière une pierre dans la rivière, l'air tourbillonne derrière l'aile d'un avion : on croirait un mouvement parfaitement désordonné. Mais les auteurs de ces travaux y ont trouvé une recette de cuisine rigoureuse.
Ils ont décomposé la rotation du fluide (le moment cinétique) en deux parties indépendantes. La première, longitudinale, ressemble à un mille-feuille de gros tourbillons cohérents
La seconde, transversale, évoque la garniture qui remplit tout l'espace entre les couches et se comporte comme un bain chaud de petits mouvements chaotiques. Ces deux parties sont strictement séparées : leurs contributions sont dans un rapport de 1:2.
Et ce n'est pas tout. La vitesse radiale (dirigée depuis le centre du tourbillon) ne participe pas du tout à cette rotation. Elle agit comme un piston : elle pousse l'énergie vers les mouvements transversaux, ce qui étire les tourbillons. Au final, toute l'énergie se répartit en trois parts : 1/3, 2/9 et 4/9. Ce n'est pas une estimation approximative, mais une règle précise, confirmée par des calculs informatiques.
Si vous remuez la crème dans votre café, vous obtenez d'abord de jolis motifs, puis tout devient homogène. La turbulence, au contraire, crée des structures stables — des tourbillons qui vivent longtemps, même si le flux semble chaotique.
Dans le roman « Dune » de Frank Herbert, les tempêtes de sable sur Arrakis sont décrites comme des flux turbulents capables de tout détruire sur leur passage. Si les habitants avaient connu les proportions exactes de l'énergie, ils auraient peut-être construit leurs abris autrement.