Au cœur de notre cité d'étoiles — la galaxie — se cache un trou noir supermassif, Sagittaire A*. Autour de lui, l'étoile S2 exécute une danse effrénée. Mais ses mouvements trahissent plus que l'attraction du trou : un partenaire invisible participe à la valse — la matière noire. Dès les années 1970, Vera Rubin a montré que sans elle, les galaxies s'éparpilleraient, mais sa répartition au plus près des trous noirs restait une énigme.
Les astronomes ont appliqué un modèle mathématique flexible, bâti sur les équations de Karl Schwarzschild, aux observations de S2 accumulées sur des années. Pas besoin de fixer à l'avance la forme du nuage invisible : le modèle l'a déterminée lui-même, en s'appuyant sur de légères perturbations dans la « danse » de l'étoile. C'est ainsi qu'ils ont pu, pour la première fois, établir la quantité de matière noire susceptible de s'accumuler aux abords du trou noir.
Le plus surprenant : ces fractions de pour cent de distorsion de la trajectoire, cumulées sur plusieurs orbites, ont suffi à « peser » l'invisible. Sans matière noire, S2 aurait depuis longtemps quitté la scène, et nous n'aurions jamais soupçonné ce chorégraphe invisible. Comprendre une telle chorégraphie gravitationnelle subtile donne la clé pour saisir comment la matière noire dirige la croissance de toute la galaxie. En somme, la courbure de l'espace-temps — ce parquet sur lequel glissent les danseurs — a révélé le partenaire sombre.
Le trou noir Sagittaire A* est 4 millions de fois plus massif que le Soleil, mais compressé dans une région plus petite que l'orbite de Mercure.