Deux pendules suspendus dans une chambre à vide, et l'un d'eux transmet à l'autre un signal invisible. Voilà l'idée du nouveau test : obliger la gravité à jouer le rôle d'un téléporteur quantique et voir si elle s'en tire mieux que ne le permet la physique classique.
Le principe est simple : si deux petites masses oscillent assez lentement et se trouvent près l'une de l'autre, leur attraction mutuelle se met à échanger des quanta d'oscillation. Mathématiquement, cela ressemble à deux vases communicants : le liquide passe de l'un à l'autre jusqu'à ce que les niveaux s'égalisent. Sauf qu'ici, ce n'est pas de l'eau qui s'écoule, mais un état quantique. Au bout d'un temps qui dépend des masses, de la distance et de la fréquence, les états s'échangent complètement.
Mais que se passe-t-il si la gravité est en réalité classique et que nous ne voyons tout simplement pas les mécanismes cachés ? Pour le vérifier, l'auteur propose un jeu de l'imitation. Une première participante, Alice, choisit au hasard un état dans un ensemble et l'envoie par le canal gravitationnel. Un deuxième participant, Bob, prépare son dispositif dans un état « vide ». Un troisième, Charlie, mesure avec quelle fidélité l'état est arrivé. Si la gravité est classique, elle ne peut utiliser que des opérations locales et une communication classique, c'est-à-dire transmettre de simples bits et non des états quantiques. Dans ce cas, la fidélité maximale possible a été calculée : elle vaut (1+λ)/(2+λ), où λ est un paramètre qui fixe la largeur de l'ensemble d'états. À la limite où l'ensemble est très étroit, cette borne tend vers 1/2.
Autrement dit, une gravité quantique donnerait une fidélité de 1, tandis qu'une gravité classique ne peut pas dépasser 1/2. L'écart est énorme. Et il est déjà mesurable en laboratoire dans les prochaines années, car les techniques de refroidissement des oscillateurs mécaniques jusqu'à leur état fondamental progressent vite.
Le jeu de l'imitation ouvre la voie à toute une hiérarchie de tests. On peut assouplir les contraintes en autorisant des canaux classiques plus généraux, ou au contraire les durcir en testant des théories semi-classiques précises. Au lieu d'une seule réponse par oui ou non, on obtient une mesure quantitative de l'écart entre la gravité et un comportement classique. Deux pendules dans une chambre à vide pourraient bien devenir les juges d'un débat qui dure depuis un siècle.
Un sondage mené lors de la conférence « Black Holes Inside and Out » à Copenhague à l'été 2024 a montré que 67% des physiciens croient à la nature quantique de la gravité, mais que 9% la considèrent comme classique et que 24% n'ont pas d'opinion. L'article cite la réponse de ChatGPT à la question « La gravité est-elle quantique ? » : « Réponse courte : nous soupçonnons fortement que la gravité est quantique, mais nous ne l'avons pas encore prouvé définitivement. »