L'Univers a une vitesse à laquelle il se dilate, appelée constante de Hubble. Le problème est que les deux méthodes les plus précises pour la mesurer donnent des chiffres différents. L'une, qui utilise la lumière primitive de l'Univers (le rayonnement fossile), donne une certaine valeur. L'autre, basée sur l'observation d'étoiles lointaines à notre époque, en donne une autre, légèrement plus élevée. La différence est faible, mais elle persiste obstinément. C'est ce qu'on appelle la « tension de Hubble ».
Dans cette nouvelle étude, les scientifiques ont émis l'hypothèse que le problème ne vient peut-être pas d'erreurs de mesure, mais du fait que la gravitation, à très grande échelle, ne fonctionne pas exactement comme nous le pensons. Ils ont abandonné l'idée de l'énergie noire (cette force mystérieuse que l'on invoque généralement pour expliquer l'expansion accélérée) et ont plutôt modifié la géométrie de l'espace-temps. Pour cela, ils ont utilisé une théorie appelée gravité téléparallèle symétrique. Dans cette théorie, la force de gravité ne naît pas de la courbure de l'espace, mais de sa torsion, comme si l'espace n'était pas une feuille lisse mais un tissu que l'on peut tendre de différentes manières.
Pour vérifier ces modèles, les scientifiques les ont comparés à un vaste ensemble de données. Ils ont utilisé des observations sur l'âge des vieilles galaxies (qui renseigne sur l'expansion passée), sur les explosions de supernovae de type Ia (ces éclats servent de « chandelles standard » pour mesurer les distances) et sur les oscillations acoustiques des baryons, sortes d'« empreintes » des ondes sonores dans l'Univers primordial qui fournissent une règle d'échelle. Les résultats montrent que les deux modèles expliquent les observations aussi bien que la cosmologie standard. De plus, le modèle logarithmique donne une valeur de la constante de Hubble qui se situe exactement à mi-chemin entre les deux chiffres en conflit, comme un pont entre l'Univers primordial et l'Univers tardif. Cela ne résout pas complètement le problème, mais l'atténue nettement.
Cette approche rappelle une vieille idée : parfois, pour réconcilier des opposants, il ne faut pas choisir un camp, mais changer les règles du jeu. Ici, les règles sont les équations de la gravitation. Et même si la réponse définitive est encore loin, la simple possibilité de se passer de l'énergie noire et d'atténuer la contradiction par la seule géométrie est intrigante.
La constante de Hubble se mesure en kilomètres par seconde par mégaparsec. Pour faire simple : une galaxie située à un mégaparsec (environ 3,26 millions d'années-lumière) s'éloigne de nous à une certaine vitesse. Selon les données actuelles, cette vitesse est d'environ 70 km/s.
Dans le roman « Blindness » de Peter Watts, des créatures extraterrestres utilisent une géométrie modifiée de l'espace pour voyager, un peu comme dans la gravité téléparallèle.