L'ensemble des protéines d'un organisme ressemble à une bibliothèque. Chez les bactéries, tous les « livres » ont à peu près la même taille : de courtes instructions. Chez l'humain, la bibliothèque est immense : des montagnes de fascicules et quelques rares tomes-fleuves. La plus longue protéine humaine est 130 fois plus longue que la moyenne – un véritable « Guerre et Paix » parmi les recettes.
Cette différence peut être mesurée grâce à l'entropie généralisée avec un paramètre q. En physique, l'entropie de Ludwig Boltzmann décrit le désordre, mais pour des protéines en interaction, il a fallu complexifier la formule. Lorsque q < 1, les protéines sont regroupées, comme chez les bactéries (q ≈ 0,75). Lorsque q > 1, leur éventail est large, comme chez l'humain (q ≈ 1,15). La simulation numérique et l'apprentissage automatique ont confirmé que q augmente du microbe à l'humain pour les 22 espèces étudiées.
Ainsi, de simples atomes de carbone, d'oxygène et d'hydrogène créent un ensemble dont la dispersion des longueurs devient une biosignature de la complexité évolutive. C'est un pont entre la biologie et la thermodynamique quantique – une métrique où l'ordre et le chaos dessinent le portrait d'un organisme.
La protéine humaine moyenne est composée de 260 acides aminés. Mais la titine, responsable de l'élasticité musculaire, en compte plus de 34 000 – soit 130 fois plus. Une telle hétérogénéité est un signe de haute organisation.