Au milieu du XXe siècle, Arno Penzias et Robert Woodrow Wilson ont découvert le Fond diffus cosmologique, cette faible lueur omniprésente laissée par la naissance de l'Univers, tandis que Edwin Hubble démontrait son expansion, qui étire la lumière. Mais parfois, les rayons émis par les tourbillons autour des trous noirs, les explosions d'étoiles, les noyaux agités de galaxies ou les pépinières d'étoiles voyagent à travers le Milieu interstellaire, presque vide, et entrent en collision avec cette lueur primitive. Comme deux faisceaux de lampes de poche qui se croisent dans le brouillard, ils produisent une étincelle — mais au lieu d'une étincelle, c'est une paire qui naît : un électron et son jumeau d'antimatière, le positron.
Selon la formule E=mc², l'énergie de la lumière se convertit en matière. Les particules ainsi créées émettent aussitôt un rayonnement gamma, et des myriades de ces éclairs s'ajoutent au fond cosmique. Les calculs montrent que le pic de ces transformations s'est produit à une époque où l'Univers était quatre fois plus petit (les astronomes diraient décalage vers le rouge de 2,7). Le plus étonnant : bien que dans une galaxie donnée l'événement ne se produise qu'une fois par milliard d'années, à l'échelle cosmique, ces rares étincelles s'additionnent en une lueur notable, expliquant jusqu'à 20 % du ciel gamma — sans faire appel à la mystérieuse matière noire.
Dans un kilomètre cube de vide intergalactique, une seule paire de particules naît par milliard d'années. Mais en raison des dimensions colossales de l'Univers, ces éclairs isolés se rassemblent en un puissant fond lumineux, un peu comme des lampes de poche éparpillées sur un continent pourraient, ensemble, illuminer tout le ciel.