Masquez l'éclat aveuglant de l'étoile, et le silhouette apparaît. Le télescope spatial James Webb a utilisé un coronographe – un cache spécial qui occulte l'étoile – pour distinguer la faible lueur du disque d'accrétion protoplanétaire (le nuage de gaz et de poussière à partir duquel se forment les planètes) autour de TW Hydrae. Cette colonie stellaire n'a que 8 millions d'années – un nourrisson à l'échelle stellaire – et se trouve à 200 années-lumière de nous.
Le disque a réservé deux surprises. Premièrement, après des mesures précises de luminosité, il s'est avéré que son bord externe, à 120 unités astronomiques (une u.a. est la distance Terre-Soleil), n'est pas lisse mais se divise en deux bras, comme le faisceau d'une lampe de poche traversant une double fenêtre. Deuxièmement, l'ombre repérée dès 2005 par Hubble s'est comportée de manière inattendue. Au lieu de tourner doucement autour de l'anneau, elle s'est déformée et a repris la position observée avant 2016. Un tel comportement ne peut s'expliquer par une simple rotation – cela signifie que le disque lui-même est incurvé ou que quelque chose se cache à l'intérieur, déformant l'ombre.
Les ombres et les courbures sont des indices pour découvrir des planètes. Aucune image directe de planètes géantes n'a encore été obtenue, mais l'absence de détection fixe une limite supérieure : tout compagnon là-bas doit être plus léger que 0,4 masse de Jupiter et se situer au-delà de 60 u.a. Peut-être que les architectes de ce théâtre sont de minuscules mondes dans des cocons de poussière, que le prochain instrument de Webb, fonctionnant dans l'infrarouge thermique, pourra révéler.
TW Hydrae est l'une des « pouponnières d'étoiles » les plus proches de nous ; sa lumière met environ 200 ans pour nous parvenir, et à l'échelle astronomique, c'est presque un bac à sable voisin. Si nous pouvions nous y transporter, nous verrions naître un système planétaire en temps réel.