Dans la galaxie NGC 1052 DF2, les étoiles se déplacent à seulement 8 kilomètres par seconde — comme si aucune masse invisible n'était présente. Pour comparaison, dans notre Voie lactée, les étoiles périphériques atteignent 200 kilomètres par seconde, retenues par un halo massif de matière noire. Fritz Zwicky a suspecté son existence dès les années 1930, et Vera Rubin a confirmé dans les années 1970 : sans ce squelette invisible, les galaxies se disperseraient. Or ici, c'est un essaim d'étoiles privé de son support habituel. Ce sont précisément ces systèmes « vides » qui deviennent un tamis filtrant la matière noire à travers la matière ordinaire.
Les collisions de galaxies sont de spectaculaires secousses cosmiques. La matière ordinaire s'accroche, frotte, chauffe et ralentit, tandis que la matière noire glisse presque sans obstacle. Imaginez une poignée de sable et une pincée de poussière métallique jetées dans l'eau : le sable s'humidifie et coule, tandis que la poussière, si elle est hydrofuge, file plus loin. À l'échelle galactique, ces « lavages » laissent derrière eux des objets presque dépourvus de matière noire. Leur existence indique à quel point elle interagit faiblement avec les baryons.
Les astrophysiciens ont établi un critère quantitatif pour ce tamis. Ils se demandent : quelle fraction de matière noire reste dans la galaxie résultante après une collision ? Si cette fraction est inférieure à un seuil (disons 1 %), alors le mélange s'est réellement séparé. La condition s'écrit sous forme d'inégalité, où les variables principales sont l'intensité de « l'adhésivité » (section efficace de transfert d'impulsion) et la fraction de la composante qui interagit. Plus le tamis est fin, moins il retient d'impuretés.
Tout ne se réduit pas à une collision frontale. La matière noire peut se refroidir et s'installer dans un disque plat — ces modèles sont dits dissipatifs. Pour que la perte de l'enveloppe réussisse, la fraction qui se refroidit doit être minuscule : moins d'un pour cent, sinon la matière ne se sépare pas. Un autre scénario implique un champ d'axion ultra-léger formant des amas quantiques. Ceux-ci sont déchirés par les forces de marée si la vitesse d'échappement du système est environ 96 fois supérieure à la vitesse de déplacement. Cela isole une fenêtre de masse étroite : environ 10⁻²³–10⁻²² eV. Chaque variante est une maille du tamis galactique.
Les étoiles lentes de NGC 1052 DF2 ne sont pas une anomalie, mais la preuve du fonctionnement d'un immense tamis. Chacune de ces galaxies devient un outil qui sonde les propriétés de la matière invisible à l'échelle microscopique. Et plus les futurs relevés comme LSST en découvriront, plus nous pourrons affiner ce tamis. Ce qui commençait comme une énigme d'un essaim stellaire presque en apesanteur se révèle être une clé pour l'un des plus grands problèmes de la physique.
Dans la galaxie NGC 1052 DF2, la dispersion des vitesses des étoiles n'est que d'environ 8 km/s — comme si toute la masse était fournie par les étoiles elles-mêmes, sans halo.