Les oiseaux en volée, les poissons en banc, les bactéries en essaim : on pense souvent qu'ils se rassemblent parce que cela leur plaît. Mais et si c'était plus simple : chacun cherche de la nourriture pour soi, et la nuée se forme d'elle-même ?
Les agents vivaient sur une plateforme où étaient cachées 100 « mangeoires ». Chaque agent ne voyait que ce qui se trouvait devant lui et pouvait remarquer si un congénère était là et s'il était rassasié. Lorsque le rayon de vision était petit, les agents erraient seuls. Mais quand on augmentait le rayon, ils changeaient brusquement de comportement : ils commençaient à tourner sur place jusqu'à voir un congénère rassasié, puis couraient vers lui. Ainsi, ils se regroupaient en nuées.
Pourquoi cela ? Si vous voyez mal, il est plus facile de chercher de la nourriture soi-même. Si vous voyez loin, il est plus facile de surveiller les autres : quelqu'un a déjà trouvé de la nourriture, courez vers lui. C'est comme au supermarché : si vous ne savez pas où se trouve le produit recherché, vous cherchez vous-même. Mais si vous voyez une file d'attente, vous y allez, car il y a sûrement quelque chose de bien. Et c'est pareil ici : la nuée naît de la cupidité, et non du désir d'être ensemble.
L'indice de Clark-Evans, utilisé pour quantifier l'agrégation, a été proposé en 1954 par des écologistes pour analyser la distribution spatiale des plantes et des animaux.
L'idée qu'un comportement collectif complexe peut émerger de règles individuelles simples sans contrôle central rappelle le concept d'« essaim » dans le roman de Stanisław Lem, L'Invincible, où des machines microscopiques forment des structures destructrices.