Dans certains matériaux magnétiques, les spins des électrons — leur rotation interne — s'alignent selon un motif ordonné. Lorsqu'un électron traverse ce motif, il n'a pas le temps d'ajuster instantanément son propre spin à l'environnement. Sa trajectoire se courbe, comme s'il roulait sur un paysage invisible et incurvé. Étonnamment, cela ne nécessite ni aimant externe ni champ électrique : seule la danse collective des spins suffit.
Cet effet reproduit en miniature la courbure de l'espace-temps par les corps massifs, décrite par Einstein dans la relativité générale. Un faisceau d'électrons traversant le matériau peut se focaliser — exactement comme la lumière d'une étoile lointaine qui contourne un trou noir. En modifiant le motif des spins, on peut contrôler cette « lentille électronique » à la volée, ouvrant la voie à des dispositifs ultra-compacts et à des modèles de laboratoire des phénomènes gravitationnels.
La lentille gravitationnelle a été prédite par Einstein en 1912, mais la première observation n'a eu lieu qu'en 1979 : les astronomes ont vu un quasar lointain se dédoubler à cause d'une galaxie massive.
L'idée de courber à volonté les trajectoires des particules évoque les moteurs à distorsion de la science-fiction, où l'espace se comprime devant un vaisseau.