Un trou noir dans l'espace anti-de Sitter n'est pas un vide, mais plutôt une casserole d'eau bouillante. Ce fluide possède deux phases : les petits et les grands trous noirs, comme la vapeur et l'eau. À une certaine pression, ils fusionnent en un point critique, exactement comme l'eau à 374 °C et 218 atmosphères perd la distinction entre liquide et gaz. Cette image est connue des physiciens depuis longtemps : l'équation d'état d'un trou noir dans un espace à courbure négative reproduit l'équation de van der Waals, où les molécules sont remplacées par les fluctuations quantiques de l'horizon. Mais que se passe-t-il si l'on ajoute une pincée de gravité quantique dans cette casserole ?
Trois pincées, pour être précis. La première est le principe d'incertitude généralisé (GUP), qui interdit aux particules d'avoir une longueur d'onde arbitrairement petite : une longueur minimale apparaît, comme un grain sur une pellicule photo. La deuxième est le principe d'incertitude étendu (EUP), qui introduit un moment minimal pour les particules dans un volume confiné, comme un écho des parois de la casserole. La troisième est la gravité arc-en-ciel, où la géométrie de l'espace dépend de l'énergie de la particule qui le traverse, chaque particule voyant le monde dans sa propre couleur. Les auteurs ont soumis le trou noir de van der Waals à ces trois corrections et ont observé ce qui reste des belles régularités.
La classification topologique s'est révélée plus capricieuse. Si l'on construit un champ vectoriel à partir de l'énergie libre généralisée et que l'on calcule les nombres d'enroulement autour des zéros, le trou noir classique, pour un petit paramètre b, possède deux charges topologiques (+1 et −1), et pour un grand b, une seule (+1). Les corrections GUP rendent la classification stable : toujours deux charges et une somme nulle. L'EUP la scinde en deux classes différentes : pour certains paramètres, trois charges (−1, +1, −1) avec une somme de −1 ; pour d'autres, deux ou quatre charges avec une somme nulle. La gravité arc-en-ciel redonne deux charges stables et une somme nulle. La sphère de photons, l'anneau où la lumière tourne en cercle, a toujours une charge topologique de −1 pour le modèle classique, tandis que pour les modèles corrigés quantiquement, les racines du champ vectoriel se trouvent sous l'horizon et sont invisibles pour un observateur extérieur.
Ce travail n'est pas simplement un trou noir de plus, mais un banc d'essai pour comparer les prédictions. La relation d'extremalité universelle, qui lie la variation de masse et d'entropie pour un trou noir presque extrémal, s'avère être une caractéristique structurelle de la thermodynamique des trous noirs qui survit aux déformations quantiques. Cela renforce la confiance dans les relations généralisées comme outil pour tester les théories de la gravité quantique. Les invariants topologiques, en revanche, sont sensibles au type de correction : GUP et gravité arc-en-ciel préservent une classe, tandis que l'EUP la scinde en deux. La topologie pourrait donc servir de filtre pour distinguer les modèles de gravité quantique par leurs traces thermodynamiques.
Où cela mène-t-il ? Les prochaines étapes consistent à vérifier la relation d'extremalité universelle généralisée pour des trous noirs en rotation et chargés avec les mêmes trois corrections, et à construire une classification topologique à potentiel chimique non nul. Si différentes classes topologiques donnent des signatures différentes dans l'ombre du trou noir, les modes quasi-normaux ou les ondes gravitationnelles, la topologie deviendra non pas une classification abstraite, mais un outil de travail pour l'astrophysique. En attendant, le trou noir de van der Waals continue de se comporter comme un gaz qui ne perd pas ses habitudes même après une secousse quantique.
Le trou noir de van der Waals possède un point critique, comme l'eau : à une pression inférieure à la pression critique, il existe deux phases, le petit et le grand trou noir, et à la pression critique, ils fusionnent. Le paramètre b dans l'équation de van der Waals, qui pour un gaz ordinaire rend compte de la taille finie des molécules, contrôle ici la transition topologique : pour b < 0.5, deux charges ; pour b > 0.5, une seule.
Dans le roman de Greg Egan, « La Cité des permutants », la physique de différents univers dépend des états du vide, et les transitions entre eux rappellent les transitions de phase. Ici, les trous noirs avec différentes corrections quantiques sont comme différents vides, et la charge topologique est comme un invariant qui ne change pas sous de petites perturbations.