Un sèche-cheveux braqué sur un glaçon en arrache la vapeur et des gouttelettes, et le glaçon finit par fondre. C'est à peu près ce que fait le vent issu du centre de notre Galaxie : il attrape les nuages froids de gaz et les emporte, tout en les réchauffant et en les déchiquetant.
Pour la première fois, des astronomes ont décidé de chercher systématiquement des molécules dans ce flux – la forme la plus froide et la plus dense du gaz. Ils ont pointé le télescope APEX, dans le désert chilien d'Atacama, vers 19 zones du ciel où l'on avait vu auparavant des nuages d'hydrogène atomique se déplaçant rapidement. Dans 16 d'entre eux, on a trouvé des traces de monoxyde de carbone (CO), un signe fiable de nuages moléculaires. Au total, plus de 200 grumeaux distincts ont été détectés.
Ces grumeaux sont petits : leur rayon ne dépasse pas quelques années-lumière, et leur masse va de quelques masses solaires à plusieurs centaines de masses solaires. Mais surtout, ils sont très turbulents. Les vitesses internes du gaz y atteignent plusieurs kilomètres par seconde, ce qui est inhabituellement élevé pour d'aussi petits nuages. Près de 90 % de ces grumeaux ne sont pas retenus par leur propre gravité : ils se disperseraient, à moins d'être comprimés par la pression externe du gaz chaud.
Fait intéressant : dans aucun des six nuages situés à plus de mille années-lumière du centre on n'a trouvé de molécules. Apparemment, pendant le vol – environ trois millions d'années – tout le gaz moléculaire a le temps d'être détruit. D'abord, il se transforme en atomes isolés, puis en plasma ionisé.
Ainsi, le vent chaud recycle le matériau de construction froid de la galaxie, l'empêchant de s'assembler en nouvelles étoiles. La glace fond, et il ne reste que de la vapeur.
Le monoxyde de carbone (CO) est la deuxième molécule la plus abondante dans le milieu interstellaire après l'hydrogène. Les astronomes l'utilisent comme indicateur de gaz moléculaire froid, car il émet dans le domaine radio même à des températures de seulement 10 à 20 degrés au-dessus du zéro absolu.
Dans le roman « Solaris » de Stanislas Lem, l'océan crée des structures géantes que les scientifiques ne peuvent expliquer. Le vent galactique, lui aussi, engendre des nuages étranges, mais leur forme et leur destin obéissent à de simples lois de la physique.