Au cœur de l'amas de galaxies d'Ophiuchus flotte une bulle de plasma chaud de la taille de plusieurs galaxies. Elle s'élève comme un ballon géant dans l'atmosphère, laissant derrière elle un sillage, une région où le gaz est mis en mouvement. Les scientifiques ont pointé le télescope à rayons X japonais XRISM sur ce sillage pour mesurer précisément comment le gaz se déplace.
Il s'avère qu'au centre même du sillage, le gaz se déplace à environ 80 kilomètres par seconde par rapport à l'ensemble de l'amas. Ce n'est pas énorme, à peu près la vitesse d'un avion. En revanche, dans le sillage, le gaz est devenu plus turbulent : la dispersion de ses vitesses est passée de 135 à 210 km/s. Mais même cette turbulence libère trop peu de chaleur, trois fois moins qu'il n'en faudrait pour compenser le refroidissement du gaz dans le noyau.
Cette découverte change notre vision de l'influence des trous noirs sur leurs galaxies. On pensait auparavant que ces bulles, en s'élevant, mélangeaient le gaz et l'empêchaient de refroidir rapidement, comme une cuillère qui remue une soupe en train de refroidir. Mais dans Ophiuchus, la cuillère s'est avérée trop petite et trop lente : la soupe refroidit quand même, et le gaz au centre de l'amas continue de se contracter, donnant peut-être naissance à de nouvelles étoiles.
Le trou noir au centre de l'amas éjecte de l'énergie, mais elle ne suffit pas à « réchauffer » tout le noyau. La turbulence engendrée par la bulle s'estompe trop rapidement et n'a pas le temps de se propager dans tout le volume. Peut-être qu'ailleurs, dans d'autres amas, c'est différent : les bulles y sont plus petites, mais nombreuses, et elles agissent ensemble. Ici, un géant s'est révélé être un « chauffage » inefficace.
tel que rédigé par les auteurs, en anglais arXiv:2604.14292
We present a 100 ks XRISM Resolve observation of the Ophiuchus cluster that measures turbulence and bulk motion in the wake of the largest radio bubble on the sky. We detect a significant velocity shift of $$-80\pm20$$ km/s from the cluster centre to the bubble's wake and a clear increase in velocity dispersion from $$135\pm10$$ km/s to $$210\pm20$$ km/s. The measured bulk velocity in the wake is low and suggests that the bubble's trajectory is inclined with respect to the line of sight. If we subdivide the bubble's wake, fitting spectra simultaneously with cross-region responses, we find that the velocity shift and dispersion increase are primarily detected in the very centre of the wake. This is consistent with the expected updraft, or `splash', found beneath buoyantly rising radio bubbles. In the cluster's cool core, the turbulent kinetic energy is only 1% of the thermal energy radiated over a cooling timescale of 7 Gyr, and even falls short, by a factor of 5, of the thermal energy radiated over the bubble's rise time. Whilst turbulent energy generated in the large wake region may provide additional heating, this propagates too slowly to prevent rapid cooling across the core. The turbulent-dissipation heating rate is a factor of ~3 below the cooling luminosity. Despite the vast power of the giant radio bubble in the Ophiuchus cluster, the gas motions in the wake are remarkably modest and turbulent-dissipation appears unable to prevent rapid cooling.
La vitesse du gaz dans le sillage de la bulle est d'environ 80 km/s. C'est 200 fois plus rapide que le train à sustentation magnétique le plus rapide, mais 4000 fois plus lent que la vitesse de la lumière.
Dans le roman « Solaris » de Stanislas Lem, l'océan de la planète engendre des structures géantes qui semblent vivantes. Les bulles de plasma dans les amas de galaxies ressemblent aussi à des « bulles » géantes qui s'élèvent à travers le gaz, et leur comportement étonne encore les astronomes.