La lumière est par nature symétrique : dans un canal ouvert, elle se propage dans les deux sens avec la même intensité. Pour la faire avancer principalement dans une direction, les physiciens ont traditionnellement recours aux champs magnétiques. Cependant, une nouvelle méthode permet de s'en passer, en utilisant la rotation — une vitesse comparable à celle d'un disque vinyle — combinée à l'interférence du rayonnement de deux atomes. La rotation provoque un décalage de fréquence des photons pour les directions opposées, analogue au changement de ton d'une sirène lorsque la voiture s'approche ou s'éloigne (effet Doppler). Ce décalage est extrêmement faible, mais les atomes placés près d'un résonateur optique rotatif (un guide d'onde en anneau) agissent comme des amplificateurs. L'interférence quantique transforme la différence microscopique de fréquences en un contraste marqué : dans un sens, des photons uniques sont émis, et dans le sens opposé, des files groupées de photons. Le contraste atteint 65 décibels, ce qui équivaut à la différence entre un murmure et le rugissement d'un avion à réaction. Cet effet, prédit théoriquement par Leonard Mandel et Roy Glauber, a été réalisé expérimentalement dans les travaux du prix Nobel Serge Haroche, ouvrant la voie à la création de sources unidirectionnelles de photons uniques pour les technologies quantiques.
L'effet Fizeau, clé de la méthode, a permis en 1851 de mesurer la vitesse de la lumière dans l'eau en mouvement — une étape importante vers la théorie de la relativité.
Les miroirs sans tain et les champs de force qui ne laissent passer la lumière que dans un seul sens sont un élément courant de la science-fiction. Les nouveaux travaux transforment cette exotisme en réalité de laboratoire.