Des lentilles cosmiques jumelles pour percer les secrets de l'énergie sombre ✛

Original: "Strong Lensing Tomography: Double and pseudo multi-source plane strong gravitational lensing to constrain dark energy"
arXiv:2607.01005v1 · 2026-07-01 · CC BY 4.0 · 2 min
Des chercheurs ont trouvé un moyen d'utiliser des lentilles cosmiques similaires pour sonder la nature de l'énergie sombre.

Imaginez d'immenses loupes cosmiques : des galaxies massives qui, par leur attraction, courbent la lumière d'objets lointains. Ce phénomène est appelé lentillage gravitationnel. Il permet aux astronomes de scruter les profondeurs de l'Univers. Dès les années 1930, Fritz Zwicky proposait d'utiliser les galaxies comme lentilles, tandis que Edwin Hubble découvrait l'expansion de l'Univers, aujourd'hui expliquée par l'énergie sombre.

Pour mesurer avec précision la vitesse d'expansion du cosmos, les scientifiques ont besoin d'une configuration particulière : une même galaxie-lentille qui dévie la lumière de deux sources lointaines. Mais ces lentilles doubles sont très rares. Les astrophysiciens ont donc imaginé une solution de contournement : au lieu d'attendre ce cas rare, ils cherchent des paires de lentilles quasi identiques. C'est un peu comme si vous aviez besoin de deux loupes parfaitement identiques pour comparer des objets éloignés, mais que vous ne trouviez pas une seule loupe avec deux foyers différents. Vous prenez alors deux loupes distinctes, mais fabriquées sur le même modèle — leur similarité permet une mesure précise.

Fait intéressant : l'ajout d'un voile de masse uniforme et invisible (ce qu'on appelle la matière sombre) à travers tout le ciel ne modifie pas l'image de la lentille, mais fausse considérablement notre estimation de sa masse réelle — c'est l'énigme de la dégénérescence de la feuille de masse.

Les chercheurs ont simulé combien de ces pseudo-lentilles doubles le futur télescope LSST pourrait détecter. Résultat : en 10 ans, il en trouverait environ 86 000 paires appropriées. En analysant ces paires, on peut calculer l'équation d'état de l'énergie sombre avec une précision comparable à celle des autres méthodes modernes. De plus, on résout au passage la dégénérescence de masse — la méthode étalonne elle-même le « poids supplémentaire » ajouté par la matière sombre. La précision de cette mesure est comparable à celle obtenue avec les supernovae et la spectroscopie des galaxies lointaines, qui utilisent la constante de Hubble.

La dégénérescence de la feuille de masse évoque une situation où l'on ajoute un drap invisible de même masse sur tout le ciel : l'image de la lentille ne change pas, mais la masse réelle de la galaxie-lentille s'avère tout autre.

\beta = \frac{D_{ds1} D_{s2}}{D_{ds2} D_{s1}}
Facteur géométrique du rapport des distances pour une lentille double. D_s1, D_s2 sont les distances angulaires aux sources, D_ds1, D_ds2 sont les distances du déflecteur aux sources. Cette grandeur ne dépend que de la cosmologie et ne nécessite pas la connaissance de l'échelle absolue des distances.
\beta_{E,\text{pl}} = \left( \beta - (1-\lambda)(1-\beta) \right)^{\frac{1}{\gamma_{\text{pl}}-1}}
Rapport des rayons d'Einstein pour une lentille pseudo-double en tenant compte de la dégénérescence de la feuille de masse et d'un profil de densité en loi de puissance. Ici, λ est le paramètre MST, indiquant à quel point on surestime ou sous-estime la masse en raison de l'effet de feuille ; γpl est la pente du profil radial de densité dans le déflecteur.
Scientifiques
Fritz ZwickyVera RubinAdam RiessSaul PerlmutterNancy Grace RomanRashid Alievich Sunyaev
Notions
cisaillement gravitationnel faible lentille gravitationnelle forte SDSS réduction de dimensionnalité microlentille gravitationnelle desi Microlentille gravitationnelle lsst densité spectrale de puissance vlt télescope spatial romain tube photomultiplicateur