Imaginez une goutte d'eau sur une vitre : elle concentre la lumière d'un réverbère, et pendant un instant, celui-ci paraît plus brillant. C'est à peu près ainsi que fonctionne la gravité : un corps céleste massif courbe l'espace autour de lui et, telle une lentille, amplifie la lumière d'une étoile située derrière. Cet effet s'appelle le microlentillage gravitationnel. Contrairement à la méthode du transit, où une planète passe devant son étoile (c'est ainsi que William Borucki cherchait des planètes), le microlentillage permet de repérer des mondes froids et lointains, presque invisibles autrement. La lumière se déplace toujours à la même vitesse de la lumière, et cette constance est la clé de tous les calculs.
C'est ainsi que des astronomes ont découvert quatre planètes au centre de notre Galaxie, dans le bulbe. Leurs masses vont d'un cinquième à deux fois et demie celle de Jupiter, et leurs étoiles mères sont très légères, certaines au point que l'hydrogène ne s'y enflamme même pas (or c'est sa combustion qui alimente les étoiles, comme l'a compris la première Cecilia Payne-Gaposchkin). Les orbites de ces planètes se situent bien au-delà de la ligne des neiges, où règne un froid éternel et où l'eau n'existe que sous forme de glace. Curieusement, le même principe de courbure de l'espace, mais des milliards de fois plus intense, engendre des ondes gravitationnelles lors de la collision de trous noirs. Et le microlentillage aide aussi à chercher la matière noire — cette substance mystérieuse qui, peut-être, est elle aussi composée d'objets sombres et massifs.
À l'avenir, le télescope spatial Hubble, nommé en l'honneur de Edwin Hubble, pourrait préciser les propriétés de ces systèmes lointains. En attendant, même sans spectroscopie directe — cette méthode qui décompose la lumière d'une étoile en spectre —, les scientifiques ont pu estimer les masses et les distances en s'appuyant sur des modèles de la Galaxie. De telles découvertes suggèrent que les planètes géantes autour de petites étoiles sont plus fréquentes que ne le prédisaient les théories, et cela nous invite à reconsidérer la naissance des mondes.
Les planètes situées au-delà de la ligne des neiges reçoivent si peu de chaleur de leur étoile que leur température descend en dessous de -200 degrés Celsius — c'est plus froid que sur Pluton.