Longtemps, les biologistes se sont demandé : si, dans un groupe d'animaux, un mélange stable d'individus agressifs et pacifiques se maintient, chaque individu alterne-t-il son comportement, ou certains se battent-ils toujours tandis que d'autres cèdent toujours ? Dans les équations classiques du modèle standard, ces deux possibilités sont indistinguables. Le jeu « Faucons et colombes » a été inventé pour décrire la compétition pour la nourriture : les faucons se battent jusqu'au bout, les colombes reculent pour éviter les blessures.
Le physicien Ludwig Boltzmann a découvert que le désordre (le bruit aléatoire) dans tout système tend généralement à tout uniformiser. On pensait donc que, dans une population, les fluctuations aléatoires des effectifs devaient progressivement effacer les différences, transformant tout le monde en « individus moyens » — cette idée a été appelée l'hypothèse de la « main tremblante ». Cependant, une nouvelle étude montre l'inverse : dans les petits groupes, le bruit ne mélange pas, il trie, séparant durablement les individus en « faucons » purs et « colombes » purs — comme un carcan invisible qui maintient la structure. Au lieu d'une foule homogène, une diversité stable émerge.
Le hasard, que l'on croyait destructeur d'ordre, s'avère être son architecte. Le mathématicien John von Neumann, fondateur de la théorie des jeux, serait probablement surpris par ce retournement : le bruit non seulement crée la diversité, mais la protège.
Dans le jeu « Faucons et colombes », les stratégies portent des noms d'oiseaux, mais ce ne sont à l'origine que des abstractions ; en réalité, les faucons et les colombes ne jouent pas à ce jeu.