Le démon se tient dans une pièce, les yeux bandés. Il entend les pas, mais ne voit pas toute la pièce. Le démon tente de trier les molécules par vitesse afin d'extraire du travail du mouvement thermique. On pensait autrefois qu'il voyait toutes les molécules et pouvait exploiter toute l'information. On découvre aujourd'hui qu'il n'en est rien.
Si le démon entend un pas sans savoir de quel côté de la pièce il a retenti, alors trier les molécules d'après ce pas ne sert à rien. L'auteur de l'article a qualifié cette part inutile de l'information d'inaccessible. La formule montre que le travail ne dépend que de l'information accessible, et non de toute l'information mesurée.
C'est comme essayer d'attraper un poisson dans une eau trouble : on a beau scruter, on n'aperçoit qu'une partie du fond. Le démon aux yeux bandés reste un démon, mais sa cécité est désormais mesurable. Cette mesure aide à évaluer l'efficacité des dispositifs réels, où les capteurs sont imparfaits.
À la limite d'une mesure infiniment précise, le démon obtient une quantité infinie d'information sur la position de la particule, mais il ne peut extraire qu'un travail fini, égal à kT(1+ln2). Cela vient du fait que presque toute l'information supplémentaire reste inaccessible au protocole autorisé avec une seule paroi mobile.
Dans la nouvelle de Stanislas Lem « A propos des voyages du professeur Tarantoga », le démon de Maxwell sert de métaphore des limites de la connaissance : même en possédant une information complète, le héros ne peut pas violer les lois de la thermodynamique. Le présent article montre que, dans le monde réel, les contraintes sont encore plus strictes : un savoir que l'on ne peut pas appliquer est thermodynamiquement inutile.