À une température de 0,1 K — soit trois dixièmes de degré au-dessus du zéro absolu — la matière cesse d'obéir aux règles habituelles. L'hélium devient superfluide : il s'écoule sans frottement, s'infiltre à travers les fissures et se comporte comme un seul liquide quantique géant. Voir ce qui se passe à l'intérieur d'un tel froid est un défi à la limite du possible.
Les scientifiques ont construit un dispositif qui relève ce défi directement. À l'intérieur d'un cryostat — une sorte de thermos pour froid extrême — se trouve une plateforme rotative équipée d'une caméra. La lumière des lasers est acheminée par fibre optique, et l'image est transmise à travers un faisceau de cent mille fibres optiques. La résolution est d'environ 30 micromètres, soit de quoi distinguer des détails de la taille d'un cheveu humain fin.
Dans l'une des expériences, des particules luminescentes — de 1 à 6 micromètres de diamètre — ont été injectées dans l'hélium liquide. Elles étaient éjectées de la surface d'un cristal piézoélectrique par des oscillations brèves à une fréquence d'un million de fois par seconde. La caméra a enregistré les trajectoires des particules à une vitesse allant jusqu'à 990 images par seconde.
Ce type de prise de vue permet d'observer comment les vortex quantiques — de minuscules tourbillons — interagissent avec les particules. C'est un peu comme si, dans une eau parfaitement calme, des entonnoirs invisibles apparaissaient soudainement, entraînant tout ce qui les entoure. Auparavant, ces processus étaient étudiés indirectement ; désormais, on peut les observer en direct.
Ce dispositif ouvre la voie à l'étude de la turbulence quantique — l'un des domaines les plus mystérieux de la physique. Comprendre comment l'énergie se transfère des grands vortex aux petits dans un milieu superfluide pourrait éclairer les processus dans les étoiles à neutrons et même dans l'Univers primordial.
tel que rédigé par les auteurs, en anglais arXiv:2602.21279
We describe a versatile apparatus for optical observations of experimental processes at temperatures down to 0.1 K. The cooling is achieved by a wet cryostat with a dilution refrigerator on a vibrationally-isolated platform, capable of continuous rotation at angular velocity of up to 3 rad/s. The illumination light beam from lasers on a non-rotating optical table at room temperature is introduced via an optical fiber. The images are transferred to the intensified camera at room temperature through a coherent bundle of $$10^5$$ optical fibers giving a spatial resolution of $$\sim 30 \mu$$m, depending on the magnification used. The adjustment of the position of the illumination light, as well as of the focusing of the camera on the object under investigation, can be controlled remotely with the help of piezoelectric positioners. The apparatus was used for visualization of particles dispersed in superfluid helium at temperatures down to 0.14 K. In one version of experiment, fluorescent light from clouds of excimer molecules He$$_2^*$$, generated in liquid helium by electron impact from electrons injected by sharp field-emission tips, was recorded and analyzed. In another, fluorescent particles of diameters between 1 $$\mu$$m and 6 $$\mu$$m were initially loaded onto the horizontal surface of a piezoelectric crystal of LiNbO$$_3$$ and then injected into liquid helium by short bursts of high-amplitude oscillations at the crystal's resonant frequency 1 MHz. The particle trajectories were filmed at a frame rate of up to 990 fps and analyzed.
À une température de 0,1 K, l'agitation thermique des atomes est presque complètement stoppée, et l'hélium devient si fluide qu'il peut s'infiltrer à travers les pores du verre, qui ne laissent pas passer l'eau ordinaire.
Dans le roman de Greg Egan « Quarantaine », les liquides superfluides sont utilisés pour créer des ordinateurs quantiques, et l'observation des vortex dans l'hélium rappelle les tentatives des héros de voir les structures cachées de la réalité.