Une salle bondée où les danseurs glissent sans le moindre frottement, se traversent les uns les autres sans se toucher. C'est un fluide superfluide. Dans la croûte d'une étoile à neutrons, les neutrons pourraient se comporter ainsi, mais un réseau rigide d'ions les en empêche, comme si la piste de danse était soudain hérissée de piliers rapprochés. On pensait généralement que le réseau était figé et que la superfluidité disparaissait presque.
Cependant, les auteurs de l'étude ont découvert que les piliers ne restent pas en place. La nature quantique oblige les ions à vibrer autour de leur position d'équilibre, ce qu'on appelle les oscillations de point zéro (un frémissement qui ne disparaît jamais, même au zéro absolu). Ce frémissement brouille légèrement les obstacles, et les neutrons peuvent alors s'infiltrer à travers le réseau. Les scientifiques ont effectué des calculs en trois dimensions pour deux types d'empilement d'ions — cubique à faces centrées et cubique centré — et dans les deux cas, la fraction superfluide des neutrons reste fortement supprimée dans la partie médiane de la croûte. Mais pas jusqu'à zéro.
Cette danse avec les obstacles est importante pour la vie de l'étoile. La superfluidité influence la vitesse à laquelle une étoile à neutrons ralentit sa rotation et la manière dont sa croûte se refroidit. Si le réseau n'est pas absolument rigide, la chaleur s'échappe différemment et les sauts de période de rotation (les glitches) peuvent se produire autrement. Ainsi, le frémissement des atomes à l'échelle du picomètre réécrit le destin d'un objet de la taille d'une ville.
Les oscillations de point zéro des ions dans la croûte d'une étoile à neutrons ont une énergie comparable à l'énergie thermique à des millions de degrés, mais elles existent même à une température un milliard de fois plus basse.
Dans le roman « L'Œuf du Dragon » de Robert Forward, on décrit la vie à la surface d'une étoile à neutrons, où la superfluidité et les effets quantiques font partie de la réalité quotidienne.