Deux flotteurs sur les vagues. Si l'on jette une pierre dans l'eau, les cercles se propagent et font tanguer les deux flotteurs l'un après l'autre — pas simultanément. Dans le monde quantique, ce « tangage » s'appelle l'intrication : les particules, comme des flotteurs, commencent à se déplacer de manière coordonnée. Le rôle de l'eau est joué par le champ gravitationnel, dont les frémissements — les fluctuations quantiques — transmettent l'influence d'une particule à l'autre. Les ondes gravitationnelles sont ici comme des rides.
Des physiciens, utilisant la méthode de Feynman, ont calculé cet effet pour deux corps massifs maintenus par des forces semblables à des ressorts. Il s'avère que l'intrication se produit avec un délai : le temps est proportionnel à la distance. C'est exactement le temps qu'il faut à la gravité pour « courir » à la vitesse de la lumière. Ainsi, même dans le micro-monde, la courbure de l'espace-temps ne viole pas la causalité.
L'effet est si faible qu'on ne peut pas encore le mesurer. Mais si l'on prépare spécialement les particules, en comprimant leur état (comme un ressort fortement tendu), le lien s'amplifie un peu. L'important est ailleurs : le calcul montre que la gravité se comporte comme un champ quantique — et c'est un pas vers la théorie tant attendue.
Selon la théorie quantique, le champ gravitationnel est constitué de particules : les gravitons. Personne ne les a jamais vus, mais l'hypothèse existe depuis près d'un siècle.