L'univers est plein d'invisible. La matière noire sert de charpente invisible : sans elle, les galaxies se disperseraient (c'est ce qu'a démontré Vera Rubin). L'énergie noire est cette force mystérieuse qui écarte tout de plus en plus vite. Ensemble, elles évoquent un vélo : l'énergie est le cycliste invisible, la matière les roues, et il semble que le cycliste pédale parfois. Mais le grand mystère est de savoir pourquoi deux façons de mesurer cette expansion donnent des chiffres différents. La lueur du Fond diffus cosmologique (la rémanence du Big Bang) et les explosions d'étoiles lointaines observées par Adam Riess indiquent des vitesses incompatibles. C'est la tension de Hubble — une fissure dans la théorie.
Pour vérifier si l'énergie noire alimente la matière, on a utilisé des lentilles gravitationnelles : les amas de galaxies courbent la lumière comme des loupes géantes. Grâce aux distorsions, on a reconstitué la quantité de matière noire dans 143 de ces lentilles et dans le célèbre amas Abell 1689, photographié par le télescope Hubble. Une simulation numérique tenant compte du décalage vers le rouge (l'étirement de la lumière des objets qui s'éloignent) a permis de remonter le temps.
Cela a fait accélérer l'expansion de l'univers non pas à la moitié de son âge, mais presque trois fois plus tôt. Ce décalage aplanit la contradiction dans les mesures et change toute la vision de l'évolution du cosmos, défiant le modèle établi par Einstein.
Dans l'amas Abell 1689, la lentille gravitationnelle multiplie une galaxie lointaine en de multiples copies — comme les reflets dans un miroir déformant.