Au centre de presque chaque galaxie se cache un trou noir — un aspirateur cosmique d'une force incroyable. Sa frontière, l'horizon des événements, a été décrite pour la première fois par Karl Schwarzschild. En général, le trou noir s'entoure tranquillement d'un tourbillon de gaz, mais parfois il se réveille et se met à engloutir avidement de la matière. Une partie de celle-ci s'échauffe à des millions de degrés et est éjectée — soit sous forme de vent chaotique dans toutes les directions, soit sous forme de jet étroit, semblable à un faisceau laser.
Imaginez une baignoire qui se vide. Quand il y a beaucoup d'eau, elle bouillonne et projette des éclaboussures — c'est le « vent ». Mais dès que le niveau baisse, un tourbillon net se forme et s'engouffre directement dans le tuyau — c'est le « jet ».
Ce changement s'est produit dans la galaxie 1ES 1927+654. Les télescopes à rayons X — contrairement au bon vieux télescope spatial Hubble, qui capte la lumière ordinaire — ont plongé dans le vif du sujet. Ils ont vu apparaître dans le rayonnement des raies nettes, comme des empreintes digitales d'éléments chimiques. Grâce à la spectroscopie, les scientifiques ont découvert que ce sont l'hydrogène et l'oxygène qui brillent. Le vent s'est tu, et à sa place l'éjection s'est étirée en un jet rapide, accéléré jusqu'à près de la vitesse de la lumière.
Auparavant, les astronomes ne savaient pas comment vents et jets étaient liés. Désormais, il est clair qu'ils sont deux étapes d'un même processus. De telles transitions ont influencé toute l'histoire de l'Univers après le Big Bang et continuent encore aujourd'hui de régir la croissance des galaxies et la répartition de la mystérieuse matière noire, découverte par Vera Rubin. Stephen Hawking supposait que les trous noirs sont changeants — et ces travaux confirment ses intuitions.
Le jet a atteint 20 % de la vitesse de la lumière — soit environ 60 000 kilomètres par seconde. À cette vitesse, on pourrait faire le tour de la Terre en une seconde et demie.