Au cœur de la galaxie 1ES 1927+654, le silence régnait depuis des années : le gaz en accrétion ne faisait que murmurer en rayons X, s'écoulant en vents lents. Mais entre 2022 et 2025, le tableau a radicalement changé. Les spectres pris par les observatoires XMM-Newton et Swift se sont mis à briller de raies d'émission — un pic étroit à 0,56 keV, probablement dû à l'oxygène OVII, une structure plus large autour de 1 keV, ainsi qu'une puissante bande de fer dans la région de 6 à 7 keV. Comme si le trou noir avait trouvé une voix, et que son chant n'était autre que l'écho X de la naissance d'un jet.
Cette transformation évoque le travail d'un immense cœur cosmique. Tant que le taux d'accrétion se maintenait à 0,3 fois la limite d'Eddington — soit simplement le rapport entre la luminosité bolométrique et la luminosité critique, λEdd = Lbol / LEdd —, le trou noir accumulait de l'énergie. Puis, telle une onde de choc, le jet est parti : l'émission radio à 5 GHz a grimpé d'un facteur 60, et les rayons X mous d'un facteur 10. Le pouls du trou noir — les oscillations quasi périodiques (QPO) — s'est accéléré, passant de 0,9 à 2,5 mHz. C'est le rythme battu par les paquets de plasma à la base même du jet. Et tandis que le télescope spatial Hubble ne voit que des reflets optiques externes, la spectroscopie X révèle le mécanisme profond.
Au moment de la naissance du jet, l'absorbeur ionisé a disparu — un absorbeur chaud composé d'hydrogène qui étouffait auparavant le rayonnement mou. À sa place, des pics d'émission ont brillé : la raie étroite de OVII et une large bande provenant du disque interne. Et surtout, pour la première fois dans cet objet, une large raie de fer Fe K (σ ≈ 800 eV) est apparue, réfléchie par le gaz tourbillonnant à toute vitesse près de l'horizon des événements. Ce scénario obéit à la métrique de Karl Schwarzschild — c'est sa solution qui décrit un trou noir sans rotation, bien qu'ici, le trou noir tourne probablement, propulsant le jet à 0,2 fois la vitesse de la lumière.
Le passage des vents au jet n'est pas un simple changement de décor. Il confirme les idées de Stephen Hawking sur la thermodynamique des trous noirs : le flux d'accrétion peut changer de configuration, et le rayonnement X mou naît à la base même du jet, et non dans un disque lointain. À l'avenir, des missions comme XRISM et NuSTAR permettront d'étudier en détail la cinématique du gaz tout près de l'horizon, et la polarisation des rayons X révélera les champs magnétiques qui dirigent cette symphonie cosmique. Percer le mécanisme du lancement des jets n'est plus une affaire de futur lointain — cela s'écrit en ce moment même, pas à pas, dans l'écho X des galaxies.
La fréquence des oscillations quasi périodiques (QPO) dans le rayonnement du trou noir 1ES 1927+654 est passée de 0,9 à 2,5 mHz à mesure que le jet naissait — comme si le cœur cosmique accélérait son rythme.