Le vide peut engendrer des particules si on lui applique un champ suffisamment intense. Les physiciens appellent cela le paradoxe de Dirac–Klein. Auparavant, son explication nécessitait des calculs extrêmement complexes de la théorie quantique des champs. Mais on peut s'en sortir avec une image parlante : un élastique fortement tendu avec un nœud. Le nœud, c'est la particule. Tant que la tension est modérée, il se déplace tranquillement. Lorsque la force de traction dépasse le seuil critique — à savoir le double de l'énergie contenue dans la masse, selon la formule V > 2mc², où m est la masse et c la vitesse de la lumière — l'élastique se rompt. De la déchirure jaillissent deux tourbillons enroulés en sens opposés : l'antiparticule et la particule d'origine. Ce même seuil est connu sous le nom de limite de Schwinger.
Cette approche s'inscrit dans une idée plus large, celle de la gravité analogue, où l'on modélise le comportement des systèmes quantiques à l'aide de milieux familiers, que ce soit un élastique ou de l'eau qui coule. Elle permet de comprendre sans formules comment le vide cesse d'être vide, et révèle une similitude inattendue entre la physique du monde microscopique et la mécanique des matériaux de tous les jours.
Oskar Klein a proposé ce paradoxe en 1929. À l'époque, on l'a pris pour une curiosité mathématique ; aujourd'hui, c'est une clé pour comprendre l'instabilité du vide dans les champs intenses.
Dans les récits de science-fiction, l'antimatière sert souvent de source d'énergie inépuisable — par exemple, dans les moteurs des vaisseaux spatiaux de « Star Trek ».