Un trou de ver est un tunnel dans l'espace-temps courbé qui raccourcit le trajet entre des régions éloignées. Dans la théorie d'Einstein, un tel tunnel s'effondre instantanément : pour qu'il tienne, il faut une « entretoise » faite de matière à énergie négative (antigravité). Cette matière n'ayant jamais été trouvée, les trous de ver étaient relégués au rang de fantasme.
Dans ces nouveaux travaux, les scientifiques ont revisité les lois de la gravité : dans leur modèle, la rotation écarte elle-même les parois. C'est comme un tourbillon dans une rivière — le courant qui tourbillonne crée un entonnoir qui ne se referme pas tant que la rotation dure. Les calculs montrent qu'aucune matière exotique n'est nécessaire : la matière ordinaire suffit. La rotation entraîne alors l'espace dans son mouvement, faisant serpenter la lumière autour du tunnel.
Le plus inattendu : un tel trou de ver pourrait faire office de machine à remonter le temps. L'espace-temps autour de lui s'enroule à tel point qu'un voyageur ressortirait de l'autre extrémité avant même d'y être entré. Pour un observateur terrestre, l'objet projetterait une double ombre avec un anneau lumineux, différente des trous noirs ou des étoiles à neutrons. Les télescopes du futur pourraient détecter une telle signature.
Le nom a été inventé par le physicien John Wheeler : il a comparé l'espace à une pomme dans laquelle un ver creuse un raccourci, au lieu de ramper sur la peau.
Comme dans « Interstellar » : le trou de ver près de Saturne envoyait les héros vers d'autres mondes. Aujourd'hui, les physiciens affirment qu'un tel objet pourrait se passer de la mystérieuse antigravité — seule la rotation suffirait.