La constante cosmologique fait accélérer l'expansion de l'Univers. Dans un futur lointain, lorsque toute la matière se sera dissipée, il ne restera que l'espace de Sitter vide — le fond cosmique idéal. Mais même dans ce vide, délimité par un horizon des événements, une vie cachée subsiste : les fluctuations quantiques engendrent un spectre d'états, semblable à un bourdonnement sourd.
Les auteurs de l'article se sont demandé : quelle est la densité de ces états dans la région statique du monde de Sitter tridimensionnel ? Pour répondre, ils ont construit une somme ingénieuse sur un ensemble d'espaces-lentilles de Kerr courbés. Chacun de ces espaces est associé à un défaut de ligne — la ligne d'univers d'un observateur placé au centre de la région statique. Le défaut possède une énergie et un spin, et sa description quantique a nécessité le recours à la dualité holographique.
Les chercheurs ont appliqué la dualité entre la gravité dans l'espace de Sitter tridimensionnel et deux copies de la corde de Liouville complexe. Dans cette image duale, les espaces-lentilles de Kerr se sont transformés en géométries de cross-cap généralisées. Le calcul exact des amplitudes de cordes sur les cross-caps a donné une densité spectrale coïncidant avec l'approximation semi-classique. Pour le cas non trivial le plus simple, la description s'est réduite à deux copies de la théorie effective du modèle SYK à double échelle.
Cette approche place la physique de l'horizon directement sur la ligne d'univers de l'observateur. Au lieu de tenter de regarder au-delà de l'horizon, nous obtenons un hologramme de toute la région statique en termes de mécanique quantique de la particule-observateur. C'est un pas vers la compréhension microscopique de l'entropie de l'espace de Sitter et, peut-être, vers la résolution de la nature de l'énergie noire.
L'espace de Sitter est la solution la plus symétrique des équations d'Einstein avec une constante cosmologique positive. C'est dans un tel univers que nous nous retrouverons probablement dans des milliards d'années, lorsque l'expansion accélérée aura définitivement éloigné toutes les galaxies les unes des autres au-delà de leurs horizons respectifs.
Dans le roman de Stanislas Lem « Fiasco », les héros rencontrent une civilisation qui s'est réfugiée derrière un horizon des événements impénétrable — la tentative d'établir un contact se solde par une catastrophe due à une méconnaissance de la physique de l'horizon.