La gravité des galaxies courbe la lumière des étoiles lointaines : c'est la lentille gravitationnelle. Parfois, la lumière se rassemble en anneaux décrits par Einstein. Dans ces anneaux se cache la matière noire : elle est cinq fois plus abondante que la matière ordinaire, et sans elle, les galaxies se désagrégeraient (comme l'ont montré Vera Rubin et Fritz Zwicky). De minuscules amas de matière noire, telles des bulles sous une étiquette, révèlent sa composition par leur nombre.
Les amas sont invisibles et ne font que légèrement onduler les arcs lumineux. Les images du télescope Hubble sont analysées par des programmes d'apprentissage automatique, mais ils découpent l'image en carrés, alors que l'anneau est rond. La solution est simple : dérouler mathématiquement l'anneau en une bande rectiligne, comme on détache une étiquette d'une boîte. Après ce redressement, le programme détecte 15 % d'amas en plus.
Les futurs télescopes, comme Euclid, fourniront des milliers de ces anneaux. En comparant le nombre d'amas avec les modèles informatiques (en tenant compte du décalage vers le rouge dû à l'expansion de l'espace), nous saurons si la matière noire est froide (beaucoup d'amas) ou chaude (peu d'amas).
Pour obtenir une image nette d'une lentille, Hubble collecte parfois la lumière pendant 50 orbites autour de la Terre.