Un trou dans une éponge élastique se referme tout seul. Pour le maintenir ouvert, il faut une entretoise qui pousse de l'intérieur avec une force négative — c'est-à-dire qui attire les parois plutôt que de les écarter. La matière ordinaire ne sait pas faire cela : elle ne fait qu'attirer, ce qui accélère la fermeture du trou. Il en va de même pour un trou de ver — un tunnel dans la courbure de l'espace-temps. Il nécessite de la matière exotique à énergie négative.
L'ajout d'énergie noire — ce fameux vide qui étire l'univers — et son échange d'énergie avec la matière ne changent rien au tableau. Déjà John Wheeler et Kip Thorne avaient montré que le col ne s'ouvre que si la pression dépasse la densité d'énergie. Un nouveau théorème prouve que les fluctuations quantiques et les astuces avec le décalage vers le rouge ne sauvent rien. La gravité refermera impitoyablement le tunnel.
Cette conclusion est importante pour la recherche de traces de trous de ver dans les ondes gravitationnelles détectées par LIGO et Virgo. Et pour la science-fiction : la dilatation du temps au niveau du col est telle que même la lumière ne pourrait pas s'y faufiler. La nature n'a pas besoin de raccourcis — la physique connue ne le permet pas.
L'espace est comme une éponge : tout trou tend à se refermer. Pour le maintenir ouvert, il faudrait une entretoise qui non seulement pousse, mais attire les parois de l'intérieur. Même le vide, chargé d'énergie noire, ne peut pas servir d'entretoise.
Dans la série « Star Trek », les trous de ver sont monnaie courante, mais en réalité un vaisseau devrait transporter de la matière exotique, qui n'existe pas. L'astrophysicien Carl Sagan, dans son roman « Contact », a aussi buté sur cette barrière : ses personnages n'auraient pas pu parcourir un mètre sans violer les lois de la physique.