Deux boules électrisées s'attirent avec une certaine force. Si l'on remplace leurs charges par des pôles magnétiques, un dynamomètre à ressort indiquera exactement la même force. Avec les trous noirs, c'est la même histoire — sauf qu'au lieu de ressorts, c'est le tissu de l'espace-temps qui travaille.
Les auteurs de cette nouvelle étude ont pour la première fois calculé sur ordinateur la collision de deux trous noirs porteurs d'une charge électrique. Puis ils ont réalisé un tour de passe-passe mathématique : ils ont fait pivoter les champs de sorte que l'électricité devienne du magnétisme. Et ils ont relancé la simulation. Les ondes gravitationnelles — ces ondulations de l'espace captées par des détecteurs comme LIGO — se sont révélées identiques. C'est comme un interprète qui transmet le sens d'une conversation sans remarquer dans quelle langue parlent les interlocuteurs — celle des champs électriques ou celle des champs magnétiques.
La différence n'est apparue que dans la lumière émise lors de la fusion. Cette lumière — le rayonnement électromagnétique — s'est trouvée tournée exactement du même angle que les champs eux-mêmes. C'est ce qui se passe quand on filme un feu d'artifice à travers un polaroïd en rotation : l'image des explosions reste la même, seuls les reflets sur l'eau changent d'orientation. Pour les astronomes, cela signifie que l'on ne peut pas distinguer, par les seules observations gravitationnelles, un trou noir chargé électriquement d'un trou noir magnétique — il faut aussi des radiotélescopes qui capturent la polarisation (la direction d'oscillation de l'onde lumineuse).
Cette « rotation duale » n'était connue auparavant que pour les champs faibles ; elle est maintenant confirmée dans le régime le plus violent — là où l'espace tremble et se tord près de l'horizon des événements. Ce n'est pas qu'une élégance mathématique : la symétrie indique quelles solutions des équations d'Einstein-Maxwell peuvent être obtenues les unes à partir des autres par une simple rotation, économisant des années de calculs.
La charge magnétique (le monopôle) n'a pas encore été trouvée dans la nature, mais les équations de Maxwell deviennent plus belles et plus symétriques si on l'ajoute — comme dans cette simulation.
Dans le roman « Éon » de Greg Bear, des extraterrestres utilisaient des trous noirs magnétiques pour voyager — nous savons désormais que, gravitationnellement, ils sont indiscernables des trous noirs ordinaires.