Dans l'orchestre de la recherche interstellaire de vie, chaque note compte. Et la partition ici n'est pas dictée par un humain — mais par une étoile lointaine. Pour la planète exoplanète TRAPPIST-1 e, l'une des sept du système de la naine rouge ultra-froide, le rôle de la baguette du chef est joué par l'ultraviolet dur. Et cette baguette peut jouer un mauvais tour : glisser aux astronomes une mélodie de vie là où règne le silence cosmique.
Les scientifiques ont pris cinq reconstructions du spectre ultraviolet de TRAPPIST-1 — de la paisible PHOENIX à l'agressive Mega-MUSCLES SEM — et ont calculé comment elles réécriraient l'atmosphère de la planète e, semblable à la Terre archéenne. Le code photochimique, fondé sur les lois de James Clerk Maxwell et Joseph von Fraunhofer, a produit des concentrations stationnaires des gaz clés. Les résultats ont stupéfié : la teneur en méthane variait sur trois ordres de grandeur, et celle en oxygène — de traces à peine perceptibles à 5,3 % dans le scénario abiotique. Pire : dans certaines combinaisons, le méthane et l'ozone apparaissaient simultanément — le Saint Graal de l'astrobiologie, qui pourrait désormais s'avérer être un faux.
Cela bouleverse les règles du jeu dans la recherche de biosignatures. Longtemps, les astronomes, inspirés par les travaux de William Borucki, ont cru que la combinaison d'un oxydant puissant et d'un réducteur puissant était presque un autographe de la vie. Or, il s'avère désormais que le monoxyde de carbone est un marqueur plus honnête. Sa forte concentration dans le spectre de la méthode du transit garantit presque l'absence de vie, tandis qu'une faible concentration peut indiquer une absorption microbienne. Pour ne pas confondre un tour abiotique avec un orchestre vivant, des télescopes comme James Webb doivent apprendre à lire l'« écriture » ultraviolette de l'étoile parente avec une précision inédite.
À terme, il faudra des modèles climatiques tridimensionnels qui tiennent compte du verrouillage gravitationnel et de la couverture nuageuse — car une vraie planète ne baigne pas dans un ultraviolet uniforme. Aujourd'hui, nous ressemblons à un auditeur qui tente de reconstituer une symphonie à partir d'une seule ligne écrite d'une main tremblante. Les nouvelles campagnes de spectroscopie et de photométrie sur JWST devraient fournir des spectres UV fiables des étoiles froides et aider à séparer les notes vivantes du bruit. L'ironie, c'est que cette même tromperie chimique a peut-être autrefois ouvert la voie à la révolution de l'oxygène sur Terre — si bien que le mécanisme du mensonge et de la vérité est tissé en un seul nœud. Une erreur de baguette peut nous coûter une découverte, mais elle rappelle aussi la frontière ténue entre le vivant et le non-vivant.
TRAPPIST-1 est si peu lumineuse que l'année sur la planète e ne dure que 6,1 jours terrestres, et sa surface est probablement toujours tournée du même côté vers l'étoile. Pourtant, le système est plus proche de nous que beaucoup d'exoplanètes connues — à seulement 12,5 parsecs.