L'âge de l'Univers est une grandeur fondamentale qui détermine toute l'histoire cosmique. Déjà Georges Lemaître avait suggéré que l'expansion avait commencé à partir d'un état superdense, Edwin Hubble l'avait confirmé expérimentalement en découvrant le décalage vers le rouge des galaxies, et Vera Rubin avait trouvé des preuves convaincantes de l'existence de la matière noire dans les bras spiraux. Aujourd'hui, le modèle cosmologique standard ΛCDM, incluant la matière noire et l'énergie noire, prédit un âge de 13,8 milliards d'années sur la base du rayonnement fossile. Cependant, il existe une tension de Hubble – un écart entre la valeur de la constante de Hubble obtenue à partir du fond diffus cosmologique et les mesures locales par les supernovae. Une classe de solutions suppose une augmentation du taux d'expansion dans l'Univers primordial, ce qui réduit inévitablement son âge à environ 12,9 milliards d'années. Une détermination indépendante de l'âge à partir des étoiles les plus anciennes de notre Galaxie peut trancher ce débat. En effet, si des étoiles de plus de 13 milliards d'années ont pu naître et survivre jusqu'à nos jours, l'Univers ne peut pas être plus jeune que cette limite – l'effet de dilatation du temps cosmologique est inexorable. En ajoutant le temps typique (∼0,2 milliard d'années) entre le Big Bang et la formation des premières étoiles de longue durée de vie, on obtient une limite inférieure pour l'âge de l'Univers entier.
Les scientifiques ont pris un catalogue de 247 103 étoiles pour lesquelles le relevé LAMOST a fourni des spectres de haute qualité, et le télescope spatial Gaia a mesuré des parallaxes précises. L'âge de chaque étoile a été déterminé par comparaison bayésienne de sa température et de sa luminosité avec les trajectoires d'évolution (isochrones) pour différentes teneurs en hélium et en carbone. Pour éliminer les étoiles avec des estimations erronées, des filtres de population astucieux ont été appliqués : par exemple, sur la composition chimique – les étoiles anciennes doivent être pauvres en fer et enrichies en éléments α, produits lors des explosions de supernovae. On a également comparé les âges avec une détermination indépendante à partir des données de Gaia. L'échantillon final comprenait 155 600 étoiles dans un rayon de 5000 années-lumière du Soleil. Ensuite, la distribution réelle cachée des âges a été reconstruite à l'aide d'une méthode itérative et de chaînes de Markov Monte-Carlo (MCMC), afin de tenir compte des erreurs de mesure inévitables.
La distribution reconstruite a montré une chute brutale de probabilité vers l'âge d'environ 13,73 milliards d'années. Cette valeur a été retenue comme l'âge de l'étoile la plus ancienne de l'échantillon : A★ = 13,73+0,18/–0,15 milliards d'années. En ajoutant 0,2 milliard d'années pour la formation des premières étoiles, on obtient un âge de l'Univers d'environ 13,93 milliards d'années. Ce nombre coïncide avec une grande précision avec la prédiction du modèle ΛCDM standard : 13,8 milliards d'années. En revanche, la valeur attendue dans les modèles de « nouvelle physique précoce » (12,9 milliards d'années) diffère de la mesure de près de 0,8 milliard d'années, ce qui correspond à un écart de plus de 3σ. Même avec des critères de sélection volontairement assouplis, l'âge minimal de l'étoile la plus ancienne était de 13,31 milliards d'années – encore trop élevé pour les solutions « précoces » de la tension de Hubble. L'analyse d'un échantillon témoin de 1556 étoiles présentant des signatures chimiques des toutes premières générations a donné une estimation proche : 13,85 milliards d'années. Ainsi, le résultat est robuste aux méthodes et aux critères, et l'Univers a visiblement eu le temps de vieillir jusqu'à notre époque.
Cette limite d'âge remet en question toute une classe d'explications de la tension de Hubble qui invoquent une nouvelle physique avant l'époque de la recombinaison – par exemple, des particules reliques supplémentaires ou une interaction gravitationnelle variable. Pour à la fois « rajeunir » l'Univers à 12,9 milliards d'années et ne pas entrer en contradiction avec nos données, il faudrait supposer un intervalle trop court entre le Big Bang et l'apparition des premières étoiles, ce qui s'accorde mal avec les observations des galaxies les plus lointaines. Par conséquent, la résolution du paradoxe de Hubble doit probablement être cherchée dans l'Univers tardif – par exemple, dans des inhomogénéités locales (vides galactiques) ou une gravité modifiée. Pour le modèle standard ΛCDM et ses composantes – la matière noire et l'énergie noire – ce résultat constitue une confirmation supplémentaire.
L'affinement de l'âge des étoiles les plus anciennes est lié à l'amélioration des modèles d'évolution stellaire, notamment en ce qui concerne le mélange de matière dans les intérieurs et l'abondance de l'hélium, ainsi qu'à l'utilisation de nouvelles données d'observation. Les futurs relevés, y compris le télescope spatial James Webb, permettront de détecter des étoiles de faible masse encore plus anciennes, et les méthodes de spectroscopie à haute résolution préciseront la composition chimique. De plus, le développement de l'astérosismologie permettra de mesurer directement les âges de certaines étoiles « mathusalems ». Tout cela réduira les erreurs systématiques et permettra peut-être de distinguer les scénarios cosmologiques tardifs concurrents.
Les résultats touchent directement la cosmologie de l'Univers primordial et les questions fondamentales sur la nature de la matière noire et de l'énergie noire. Ils sont également importants pour l'archéologie galactique, qui étudie l'histoire de la formation de la Voie lactée, et pour la théorie des supernovae, qui déterminent l'évolution chimique.
Les chercheurs prévoient de retraiter les données en utilisant les isochrones les plus récentes (par exemple, MIST II au lieu de YY) et d'inclure les âges astérosismologiques afin de réduire les incertitudes systématiques. Ils prévoient également d'étendre l'échantillon avec des étoiles plus lointaines ayant des parallaxes fiables provenant des futures publications de Gaia.
L'âge mesuré des étoiles les plus anciennes est directement lié à la tension de Hubble et contraint les théories de l'énergie noire et de la matière noire, car elles déterminent le taux d'expansion de l'Univers tout au long de son histoire. Il éclaire également les processus de l'époque qui a suivi le Big Bang, lorsque les premières étoiles se sont allumées, enrichissant le cosmos en hélium et en carbone.
Cette section s'adresse à l'auteur du travail et à ses collègues. Les travaux voisins ont été trouvés par une recherche sémantique dans notre archive, et non par correspondance de mots. Nous n'évaluons pas : nous montrons le champ autour.
Ce que fait ce travail
L'étude s'appuie sur un catalogue de 155 600 étoiles issues des données LAMOST et Gaia, dont l'âge est déterminé par comparaison bayésienne avec des isochrones, après application de filtres de population. La reconstruction de la distribution des âges par la méthode MCMC donne un âge de 13,73 milliards d'années pour l'étoile la plus ancienne, et, en tenant compte du temps écoulé avant la formation des premières étoiles, un âge de l'Univers de 13,93 milliards d'années, en accord avec le modèle ΛCDM et en contradiction avec les modèles de nouvelle physique précoce.
Où est sa force
La force de cette étude réside dans le grand volume de données et les filtres stricts, qui ont permis d'obtenir une limite inférieure indépendante de l'âge de l'Univers, contraignant directement la classe de solutions à la tension de Hubble.
Vers où avancer
À essayer
Pourquoi cela peut compter
Les contraintes indépendantes sur l'âge de l'Univers réduisent l'espace des paramètres pour les modèles d'énergie noire précoce et d'autres solutions à la tension de Hubble, ce qui est important pour la compréhension de la physique fondamentale.
Travaux voisins dans notre archive
L'archive est dense autour de ce travail : 1 analyse voisines, la plus proche à 0.78. Le terrain est fréquenté, et il y a de quoi se comparer.
tel que rédigé par les auteurs, en anglais arXiv:2607.00764v1
We estimate the age of the Universe using the Xiang & Rix sample of 247,103 Milky Way stars with high-resolution spectroscopy from LAMOST DR7 and $$Gaia$$ eDR3 parallaxes. Stellar ages were estimated using YY isochrones up to 20 Gyr. To remove stars with unusually high and precise ages, we require old stars to be metal-poor and $$\alpha$$-enriched. We also require consistency between YY ages and those obtained with FLAME based only on $$Gaia$$ data. Our final sample of 155,600 stars within 5 kpc provides consistent cosmic age estimates using several techniques of increasing rigour. Our main results use an MCMC reconstruction of the latent age distribution, though our iterative reconstruction is very similar. Applying an innovative approach to our MCMC reconstruction and its uncertainties, we find that the oldest star has an age of $$A_\star = 13.73^{+0.18}_{-0.15}$$ Gyr. Varying the quality cuts can at most reduce this to $$A_\star = 13.31^{+0.21}_{-0.18}$$ Gyr or raise it to $$14.02^{+0.18}_{-0.15}$$ Gyr using a much lower or higher age-dependent metallicity ceiling, respectively. Our inferred $$A_\star$$ is consistent with the 13.6 Gyr expected in CMB-calibrated $$\Lambda$$CDM, assuming the first long-lived stars formed when the Universe was 0.2 Gyr old. This agreement casts doubt on solutions to the Hubble tension solely through new physics prior to recombination, which generally imply a cosmic age of $$12.9 \pm 0.2$$ Gyr to match low redshift probes. It is difficult for stellar modelling uncertainties to reconcile such a low age with our result given the low metallicities of the oldest stars in our sample and independent asteroseismic constraints.
L'étoile la plus ancienne de cette étude est une sous-géante typique d'environ 0,8 masse solaire, qui a passé plus de 13 milliards d'années dans un « âge mûr » tranquille (sur la séquence principale) et qui commence seulement à gonfler, se préparant à devenir une géante rouge. On peut dire que nous l'avons surprise au moment où elle s'apprête à prendre sa « retraite » !
Dans le roman « Tau Zéro » de Poul Anderson, un vaisseau spatial accélère à une vitesse sub-luminique, et l'équipage observe des milliards d'années défiler à l'extérieur – pour les voyageurs, le temps s'arrête presque, tandis que l'Univers vieillit. Notre travail rappelle que, sans même quitter le voisinage du Soleil, on peut plonger dans le passé profond de l'Univers, et qu'il suffit pour cela d'examiner attentivement les « fossiles » stellaires.