Deux étoiles dans une paire large, c'est comme des patineurs artistiques reliés par un élastique. On s'attend à ce que la tension diminue avec la distance et que la rotation ralentisse. Mais les observations montrent le contraire : les étoiles éloignées filent plus vite, comme si l'élastique se tendait tout seul. C'est ainsi que se comporte la gravité : elle se renforce quand elle devrait s'affaiblir.
Les astronomes ont passé au crible les données de Gaia, éliminé les paires factices et les systèmes avec un troisième corps caché (comme une naine rouge). En mesurant la luminosité (photométrie) et le spectre (spectroscopie), ils ont déterminé les masses, les âges, la métallicité et le stade d'évolution stellaire. Les simulations numériques ont montré que les accélérations sont anormales, même en ajoutant des compagnons cachés supplémentaires.
La théorie MOND : pour des accélérations 100 milliards de fois plus faibles que celle de la Terre, la gravité se renforce d'un facteur 1,5. Plus besoin de matière noire. Dès les années 1970, Vera Rubin avait remarqué la même anomalie dans les galaxies. Si les nouveaux télescopes confirment cette anomalie, la physique de Newton et d'Einstein devra être révisée au profit d'une théorie plus générale de la gravité.
L'accélération avec laquelle une étoile attire son compagnon lointain est si faible qu'une chute libre depuis la hauteur d'un être humain prendrait plus de temps que l'âge de l'Univers.