L'Univers est un immense orchestre interprétant la partition de l'expansion. Les galaxies s'éloignent au rythme d'une musique inaudible : l'énergie noire. Mais voilà le problème : la baguette du chef, tenue par Edwin Hubble, Adam Riess et Vera Rubin, impose deux tempos incompatibles. Les mesures de la constante de Hubble à partir du Fond diffus cosmologique et des supernovae de type Ia divergent de cinq écarts-types — une dissonance cosmologique qui exige un nouvel instrument. Cet instrument, ce sont les sursauts radio rapides — des impulsions aussi brusques qu'un coup de cymbale, durant quelques millièmes de seconde, provenant de galaxies lointaines.
Ces sursauts naissent probablement dans des conditions infernales sur les magnétars — des étoiles à neutrons dotées de champs magnétiques monstrueux. Pendant que les ondes radio voyagent vers nous, elles traversent le plasma ionisé du milieu interstellaire et intergalactique. Le plasma disperse le signal : les basses fréquences arrivent en retard, les hautes en premier. Ce délai fréquentiel — la mesure de dispersion — indique directement la quantité d'électrons rencontrés, donc la distance parcourue. La relation de Macquart relie la dispersion, le décalage vers le rouge et les paramètres cosmologiques, et elle contient, comme une partition, le tempo de l'Univers — H0. Chaque FRB devient une règle de mesure longue de milliards d'années-lumière.
Déjà, l'analyse de 108 FRB localisés donne H0 = 69,4 km/s/Mpc — pile au milieu entre les résultats de Planck et de SH0ES. L'ajout de plus de 500 événements non localisés réduit l'incertitude à un pour cent. Plus élégant encore : la lentille gravitationnelle. Un objet massif crée plusieurs images du sursaut, et la minuscule différence de temps d'arrivée permet de calculer H0 de manière purement géométrique. Pour l'instant, ces systèmes lentillés se comptent sur les doigts d'une main, mais les futurs relevés en trouveront des centaines. Et l'analyse conjointe avec les supernovae et le fond diffus cosmologique murmure déjà : l'énergie noire évolue — peut-être n'est-elle pas éternelle.
Bientôt, les télescopes SKA et DSA-2000 ouvriront les vannes : des dizaines de milliers de FRB inonderont les catalogues. Cela portera la précision de H0 à quelques dixièmes de pour cent, et permettra de cartographier les baryons cachés — cette matière ordinaire qui nous a jusqu'ici échappé dans la toile du réseau cosmique. La simulation numérique tisse déjà les sursauts dans les équations de Friedmann, les testant à la rupture. De plus, en comparant la dispersion des FRB les plus lointains à différents décalages vers le rouge, nous pourrons vérifier si les constantes fondamentales sont restées immuables dans un passé lointain — une question dont dépend la structure même des lois physiques. Peut-être que ces brefs éclats radio entendront le murmure d'une nouvelle physique derrière le vacarme de l'expansion.
L'énergie d'un FRB typique équivaut à l'émission du Soleil pendant plusieurs jours, mais compressée en une impulsion de quelques millisecondes.
À une époque, on a soupçonné les sursauts radio rapides d'être des messages de civilisations extraterrestres — un peu comme dans le roman « Contact » de Carl Sagan, où les héros cherchaient désespérément un sens dans un signal cosmique.